Une Biennale Paris entre deux eaux

Le 22 septembre 2017, par Alexandre Crochet

Malgré des pépites nombreuses et des ventes honorables, l’édition 2017 restera comme une Biennale de transition, ne brillant guère en peinture ancienne ou moderne.

Vue du stand de la galerie Steinitz à la Biennale Paris 2017.
© Didier Plowy

La première édition annuelle de la Biennale des Antiquaires, rebaptisée Biennale Paris, a survécu aux flèches et aux plumes assassines. Certains la dirent moribonde, d’autres glissaient, perfides : «Vous avez vu de grandes galeries à la Biennale, vous ?», mais étaient ravis d’assister au dîner de gala, des antiquaires dressaient une liste de doléances longue comme le bras, mais à condition qu’on ne cite pas leur nom de peur de ne pas être repris l’an prochain en tant qu’exposant… Bref, même si elle essuie une volée de bois vert, la Biennale est toujours là, occupe l’espace médiatique et reste un rendez-vous important pour le marché et les collectionneurs. Le Grand Palais avait été construit pour les expositions universelles : Paris accueillait le monde. Même moins fastueuse que jadis, la Biennale offre toujours aux visiteurs un petit musée imaginaire à la Malraux, où défilent les plus étonnantes créations humaines de tous horizons. Ainsi, les deux stands d’art portugais Aguiar-Branco et São Roque, nouveaux participants lisboètes, ont apporté une bouffée d’air frais, le premier avec du mobilier précieux et le second avec des sculptures religieuses en ivoire témoignant d’un syncrétisme au contact des territoires et comptoirs ibériques. De retour après une longue absence, la galerie Lee & Sons, établie entre autres à Hongkong, apportait une tête de Shiva en grès finement sculptée pour plus de 500 000 €. Entre les imposants rochers de lettrés chez Brugier et la statuaire d’Inde en majesté chez Christophe Hioco, lequel a cédé nombre de pièces, les arts d’Asie étaient bien représentés malgré l’absence de plusieurs poids lourds. Double provenance illustre pour les fabuleuses tapisseries à l’or sur le thème de la chasse montrées par la galerie Chevalier (voir l'article Edition 2017 : la Biennale à un tournant de la Gazette n° 30, page 29) : tissées au XVIIe siècle pour Colbert par les Gobelins, d’après un original conservé au Louvre, elles étaient remises en vente par Bill Gates…
Un succès commercial
La galerie Kevorkian a rapidement vendu ses pépites, dont un très ancien guerrier Amlash d’Iran pour plus d’un demi-million d’euros. L’ensemble de pâtes de verre d’Henri Cros a vite trouvé preneur, en bloc, chez Brame & Lorenceau. D’une console africaniste de Printz aux lignes rigoureuses de l’ébéniste Dominique Zimbacca chez Yves et Victor Gastou, en passant par le stand très travaillé de Downtown dédié aux années 1950, les arts décoratifs modernes n’ont pas démérité. Dans l’ensemble, les marchands d’art tribal se disent satisfaits des ventes.
Un sentiment mitigé
S’il est pour une partie des exposants un succès commercial  et a accueilli 32 678 visiteurs contre 30 000 l’an dernier, surtout des Européens et quelques Asiatiques , le cru 2017 laisse pourtant un sentiment mitigé en termes de contenu. Trop d’enseignes parisiennes ou internationales de renom manquent à l’appel. Pour le marchand Franck Prazan, absent cette année, « la Biennale des Antiquaires n’avait pas de concurrent […] du fait que son rythme lui permettait de se distinguer génétiquement de toutes les autres foires et salons [des beaux-arts et arts décoratifs]». À ses yeux, le Syndicat national des antiquaires aurait «ressuscité « le «défunt Salon du collectionneur». Entre une manifestation prestigieuse incarnant l’excellence et la rareté et l’éclectisme d’un très bon salon un peu trop français, les organisateurs ne pourront plus longtemps naviguer entre deux eaux  et devront vite choisir un cap.

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