Une belle Italienne de la Renaissance

Le 06 janvier 2017, par Anne Foster

Cette coupe au visage quelque peu indifférent d’une Minerva bella figure parmi la collection réunie par Jean-Pierre Guerlain et son épouse, Christiane : superbe hymne aux majoliques italiennes de la Renaissance.

Casteldurante ou duché d’Urbino, vers 1530. Coupe à piédouche à décor polychrome en plein sur fond bleu d’un buste de femme dit «Bella». Dans un phylactère, l’inscription «Minerva Bella», h. 5, diam. 24,5 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €

La redécouverte des textes de l’Antiquité, poursuivie par les érudits humanistes italiens, touche, à la fin du XVe et principalement au siècle suivant, tous les domaines de l’art. En particulier celui de la céramique. Les faïenciers toscans produisent, aux côtés de pièces d’usage quotidien, des chefs-d’œuvre avidement recherchés, dont le succès perdure de nos jours. Les peintres des ateliers de Faenza, Casteldurante et Urbino, pour ne citer qu’eux, s’inspirent de la mythologie et de l’histoire antiques, mais aussi de poèmes et nouvelles d’écrivains de leur époque. Ce sont pour la plupart des récits amoureux, tel celui de Luigi da Porto, publié en 1530, évoquant le sort tragique de Romeo et Giulietta, amants promis à une éternelle gloire. Une coppa amatoria aurait pu être offerte par exemple à Roseline, que Roméo courtise avant de rencontrer, lors d’un bal, Juliette. Selon certains, les jeunes Italiens amoureux avaient coutume d’offrir des coupes, des plats ou des bols emplis de douceurs à leur bella, qui se découvrait après les avoir dégustées. On en connaît de nombreux exemples, conservés tant dans des collections publiques que privées. Plus rares sont ceux de cette qualité, remarquables par la finesse de leur exécution, la beauté des nuances et la minutie de détails dans les coiffures. On peut rapprocher cette coupe de la collection Guerlain de celle de la collection Robert Lehman, visible au Metropolitan Museum, réalisée vers 1510-1520 dans l’atelier de Giovanni Maria Vasaro à Casteldurante. La jeune femme y est dépeinte de profil, dans un camaïeu de bleu rehaussé d’ocre. On retrouve les tresses nouées sous le cou dans un plat de Deruta (1535-1545), du Victoria & Albert Museum. Pour Minerva Bella, une autre paire de nattes est nouée au-dessus du front, encadrant dans un ovale ou un cœur stylisé son visage, quelque peu sévère ou dubitatif. Le modelé est traduit avec beaucoup de finesse par des dégradés de rose saumoné, reprenant la palette de la robe et du revers du phylactère où son nom est inscrit. Est-ce une allusion à la sagesse de la jeune femme ? Le réalisme de ses traits laisse penser que le peintre émailleur a réalisé un vrai portrait, suffisamment pour qu’elle puisse se reconnaître le but de cette commande. Portrait ou allégorie, ce décor est encore repris au XIXe siècle en Angleterre, par Thomas Kirkby pour la manufacture Minton, sur une paire de coupes. L’une représente l’impératrice Eugénie, conservée au Swiss Cottage and Museum d’Osborne House (île de Wight), l’autre, la reine Victoria, visible au Victoria & Albert. Elles ont figuré à l’Exposition universelle de Paris en 1855.

mardi 31 janvier 2017 - 14:30 - Live
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Beaussant Lefèvre
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