Une adresse versaillaise pour la maison Osenat

Le 19 septembre 2019, par Sophie Reyssat

Fontainebleau, Paris, et maintenant Versailles… Jean-Pierre Osenat entend remettre les arts des XVIIe et XVIIIe siècles sur le devant de la scène en s’implantant dans la ville royale. Tout un symbole.

La collection de Jean-Pierre Jouve sera dispersée à Versailles le dimanche 29 septembre.

Le dimanche 29 septembre, date de la vente inaugurale d’Osenat OVV à Versailles, est à marquer d’une pierre blanche. L’arrivée de la maison bellifontaine à l’hôtel des ventes du château est un événement, mais ce n’est pas une révolution. Cette installation dans la ville de Louis XIV s’inscrit en effet dans la continuité d’une démarche ayant pour but de valoriser les arts classiques. De même que Fontainebleau est le fief naturel des ventes sur le thème de l’Empire, celles des objets de la monarchie ont leur place logique à Versailles. Avec la reprise de la société Éric Pillon Enchères, dont les ventes de tableaux modernes se poursuivront sous le marteau de ce dernier, Jean-Pierre Osenat espère ainsi concrétiser un désir de longue date : changer l’image du mobilier ancien. «Je vends parce que mes enfants n’en veulent pas»… Cette phrase entendue trop souvent l’a décidé à réagir. Afin de redonner ses lettres de noblesse à l’ameublement de nos aïeux, le commissaire-priseur entend mettre l’accent sur le savoir-faire des ébénistes pour inciter chacun à regarder au-delà de l’objet. Ce changement de perspective, plaçant les artisans au centre de la création artistique, se traduira par une nouvelle présentation des œuvres, dans les catalogues comme au sein des expositions publiques. L’occasion de montrer que l’inventivité de l’Ancien Régime n’a rien à envier à la créativité contemporaine, et que des formes d’art séparées par des siècles peuvent se marier sans heurt. Deux nouveaux départements relèveront le défi : celui de «la royauté à Versailles», qui s’intéressera aux souvenirs historiques des XVIIe et XVIIIe siècles, et celui baptisé «Grand Siècle»  première vente le dimanche 20 octobre, suite à succession , pour le mobilier classique et les objets d’art de l’époque des Lumières. Comme pour les ventes Empire de Fontainebleau, qui ont fait la réputation de la maison, ces dispersions transversales multiplieront les spécialités en s’appuyant sur de nombreux experts. Une recette éprouvée, appréciée des collectionneurs de tous bords, et susceptible de réconcilier les acheteurs français avec l’Ancien Régime. Les étrangers restent quant à eux très attachés au «luxe à la française», que symbolise Versailles. En témoigne une expression relevée par Me Osenat auprès d’une Américaine, qui affirmait n’être meublée qu’«en Louis», sans distinction entre les noms de souverains ou d’époque… Comme une incantation, le royal prénom évoque à lui seul le Grand Siècle, tout autant que le raffinement de Marie-Antoinette. La ville royale sera également l’écrin privilégié de ventes de bijoux anciens, ceux considérés comme de véritables œuvres d’art par leurs collectionneurs. En s’installant à Versailles, la maison Osenat vise une clientèle internationale. Elle ouvre d’ailleurs un troisième département consacré à l’art russe, qui prévoit d’organiser trois dispersions annuelles.
Vente inaugurale
Pour l’heure, c’est l’histoire des arts français qui sera relatée par la collection de Jean-Pierre Jouve, ouvrant le bal des enchères versaillaises le dimanche 29 septembre. Nommé architecte en chef des Monuments historiques en 1970, ce passionné de patrimoine a aussi bien œuvré à la conservation de nombreux édifices religieux et de châteaux en province, d’architectures classiques comme les salines royales ou totalement baroques  à l’image du «palais idéal» du facteur Cheval , que participé à la sauvegarde de belles demeures parisiennes. De l’hôtel d’Aumont à la place des Vosges, et de ceux de Coulanges, Rohan et Châtillon  également situés dans le 4e arrondissement  jusqu’à l’hôtel de Gunzburg, sis dans le 17e, la capitale lui doit d’avoir conservé les belles pierres qui font tout son charme. Dans sa demeure de Champagne, Jean-Pierre Jouve s’était créé un petit musée personnel réunissant les objets qui lui tenaient le plus à cœur. On y trouve naturellement des souvenirs du quartier du Marais, où il s’est battu pour sauver des édifices menacés par des arrêtés de mise en péril. Le surmoulage d’une tête d’Indien, ornant un panneau de la porte cochère de l’hôtel de Saint-Aignan  actuel musée d’Art et d’Histoire du judaïsme (1 000/1 500 €) , côtoiera ainsi une figure grotesque sculptée au XVIe siècle pour le Pont-Neuf, transformée en bouche de fontaine par cet amoureux des vieilles pierres (2 000/3 000 €). La belle Élévation des trois colonnes restantes du temple de Jupiter à Rome, tracée par la main émérite de Jean-Jacques Lequeu, rendra elle aussi hommage au goût de cet homme de l’art (6 000/8 000 €). Le beau et la curiosité ont guidé ses choix, comme le montre un cadran solaire probablement sculpté au XVIIe siècle, multipliant les faces pour mieux suivre la course du soleil (700/1 000 €). De l’archéologie au cubisme d’Alice Halicka, et du mobilier Haute Époque aux gouaches napolitaines, dont il avait réuni un bel ensemble des XVIIIe et XIXe siècles, Jean-Pierre Jouve s’était construit un univers où l’éclectisme allait de pair avec la culture. Amateur d’histoire, il était également un homme de son temps, ami d’artistes comme Gérard Titus-Carmel, Claude Viseux, Jean-Baptiste Sécheret ou Claude Ferrand, dont les œuvres seront également représentées. Une eau-forte d’Erik Desmazières, montrant le cabinet de curiosités de Rembrandt (800/1 000 €), se fera l’écho de la collection érudite de Jean-Pierre Jouve, mais également de l’état d’esprit que la maison Osenat souhaite cultiver à Versailles.

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dimanche 29 septembre 2019 - 02:00 - Live
Versailles - Hôtel des ventes du Château, 13, avenue de Saint-Cloud - 78000
Osenat
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