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Un tableau de porcelaine dessiné par Jean-Baptiste Isabey

Publié le , par Claire Papon

Le dessin des habits de cérémonie du sacre, c’est lui. Tout comme le premier portrait du roi de Rome. À qui d’autre que Jean-Baptiste Isabey pouvait-on confier le projet de cette table de la famille impériale ornée de plaques de porcelaine ?

Un tableau de porcelaine dessiné par Jean-Baptiste Isabey
Jean-Baptiste Isabey (1767-1855), Projet pour Sèvres : la table de la famille impériale, 1811, aquarelle gouachée, plume et encre noire, diam. 35,5 cm (détail).
Estimation : 30 000/50 000 €

Fontainebleau, le Louvre, Malmaison et bien sûr la manufacture de Sèvres pourraient être sur les rangs le 24 mai prochain… Cette aquarelle est un précieux témoin du patrimoine artistique, un jalon d’une entreprise extraordinaire qui ne vit pas le jour. La manufacture de Sèvres a connu sous le premier Empire l’une de ses périodes les plus fastes grâce au mécénat de Napoléon Ier. Soucieux de faire rayonner les arts et le savoir-faire français, il en fit aussi un outil de propagande. Charité bien ordonnée… Les guéridons, mobilier d’apparat par excellence, relèvent exclusivement de la commande impériale. Sur les six mis en chantier sous l’Empire, quatre sont ordonnés par le souverain le 21 avril 1806. Parmi elles, la table d’Austerlitz dite des «Maréchaux» est conservée à Malmaison ; une deuxième, sur laquelle sont représentés autour d’Alexandre douze héros de l’Antiquité, appartient aux collections royales anglaises. Un guéridon orné des principales statues antiques du musée Napoléon – devenu le Louvre – est achevé sous Louis XVIII après avoir été largement modifié. Notre aquarelle, destinée à la table de la famille impériale, fut la première commandée, la plus importante en taille et en prix. Elle doit représenter l’Empereur et Joséphine entourés de leurs proches. Directeur de Sèvres et maître d’œuvre du projet, Alexandre Brongniart sollicite Louis-Léopold Boilly pour réaliser une scène unique sur le plateau circulaire d’au moins un mètre de diamètre. Mais les difficultés qu’il rencontre pour obtenir des portraits ressemblants le poussent à abandonner. Le divorce du couple le 15 décembre 1809 suspend l’entreprise. La naissance du Roi de Rome le 20 mars 1811 va la relancer, mais la complexité inhérente à la réalisation d’une grande plaque de porcelaine plane et sans défaut imposent toutefois des modifications : à une scène unique, Brongniart préfère une représentation plus petite du nouveau couple impérial – Napoléon a épousé Marie-Louise, fille de François Ier d’Autriche le 2 avril 1810 –, entouré des napoléonides. La reine mère se tient au sommet puis viennent, en allant vers la droite, Joseph, roi d’Espagne, et son épouse Marie-Julie Clary ; Eugène de Beauharnais, la grande-duchesse Élisa de Toscane, Charles II, prince de Bade, et son épouse Stéphanie ; Napoléon-Achille et ses parents Caroline et Joachim Murat  ; le Roi de Rome, Jérôme, roi de Westphalie, et son épouse Catherine de Wurtemberg. Ainsi que d'autres encore, dont l'indomptable Pauline et son époux Camille Borghèse… Un secrétaire de facture similaire, est proposé à Napoléon Ier, celui-ci réitérant toutefois son souhait de voir réaliser un guéridon. Reste notre dessin, celui-là même qui aurait été présenté – et approuvé – par l’Empereur le 20 novembre 1811, deux mois après que Jean-Baptiste Isabey en eut achevé l’esquisse préparatoire. Demeuré en cours d’exécution jusqu’en 1814 à Sèvres, le meuble ne sortira jamais. Le vent de l’histoire a tourné pour le vainqueur d’Austerlitz…

mardi 24 mai 2022 - 14:00 (CEST) - Live
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