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Un souvenir de la dame de Nohant

Le 14 février 2019, par Philippe Dufour

À la suite d’une succession, Aurore Dupin, baronne Dudevant, plus connue sous le nom de George Sand, reprend vie à Bourges, à travers des dizaines d’objets témoins de son histoire. Parmi eux, ce bronze offert par une autre grande plume du moment.

Un souvenir de la dame de Nohant
Chien de Fô chinois, offert par Ivan Tourgueniev à George Sand en 1873, bronze patiné, 17 x 20 cm.
Estimation : 200/250 €


De belle facture, ce chien de Fô en bronze patiné, gardien impérial de son état  et traditionnellement assimilé à un lion dans la Chine ancienne  pose sa patte sur une boule ajourée. On peut donc en déduire qu’il s’agit de l’élément mâle d’une paire, son pendant étant invariablement une femelle jouant avec son petit. Cependant, une particularité émouvante l’emporte ici sur son indéniable valeur esthétique : il s’agit d’un présent d’Ivan Tourgueniev à sa chère George Sand. Les deux gloires littéraires se sont rencontrées lors du premier séjour en France de l’écrivain russe, autour de 1848. Dans les années 1870, Tourgueniev revient vivre dans la capitale française, rue de Douai, chez le couple Viardot, composé de Louis et de Pauline, le grand amour de sa vie. Avec Franz Liszt, Marie d’Agoult ou encore Gustave Flaubert, tous les trois appartiennent au cercle artistique dont George Sand est le pilier central. Pendant plus de trente ans, la «bonne dame de Nohant» aura reçu dans son château du Berry nombre d’amis et d’amants (Frédéric Chopin en tête), tout ce petit monde créatif se mêlant à sa propre famille, notamment ses enfants Maurice et Solange. C’est d’ailleurs à Nohant, le 17 avril 1873, l’année même où notre sculpture est offerte à Sand, que cette dernière, enthousiaste, note dans son agenda : «Tourgueniev aime le bruit et la gaîté ; il est aussi enfant que nous. Il danse, il valse. Quel bon et brave homme de génie !» 
Des gages d’amitié… ou d’amour
Ce bronze chinois est issu d’un ensemble important de souvenirs de la famille Sand, pieusement conservé dans la descendance de la femme de lettres. Un héritage transmis par sa petite-fille, qui portait le même prénom qu’elle, Aurore (1866-1961), puis par son arrière-petite-fille par alliance Christiane, disparue en avril 2018, laquelle voua toute sa vie à la mémoire de son illustre aïeule. Comptant aussi bien des manuscrits de la romancière que son mètre ruban, en passant par des photographies, des vêtements et du linge de maison, ces pièces inédites dévoilent l’intimité d’une femme passionnée. Parmi elles, une autre pépite sentimentale : une gondole en bois et feutre, offerte début 1834 par Alfred de Musset à George Sand, lors de leur tumultueux séjour à Venise, et aujourd’hui estimée 300/500 €. Accompagné de son étui en bambou à fermoir, cet objet fragile avait été d’ailleurs dessiné à la plume par George (dessin reproduit page 71 de l’ouvrage Sand et Musset, paru en 1999 aux Éditions La Martinière). Trois feuilles autographes (est. entre 800 et 1 200 €) rappellent aussi les loisirs pratiqués à Nohant, à côté des spectacles de marionnettes et des concerts : les jeux de cartes, essentiels dans la bonne société du XIXe siècle. George y consigne à la mine de plomb, vers 1870, des directives pour mener à bien «patiences», «réussites», ou encore pour jouer convenablement au «bésigue». Particularité touchante : au verso de la troisième page, un enfant  sans doute sa petite-fille Aurore ou sa sœur Gabrielle  a dessiné une saynette humoristique.

objets de vitrine, bijoux, habits et linge de maison, manuscrits, autographes, photographies
samedi 23 février 2019 - 10:00 (CET)
11, rue Fulton - 18000 Bourges
Michel Darmancier et Olivier Clair
Gazette Drouot
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