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Un saint Jean béni

Publié le , par Xavier Narbaïts et Agathe Albi-Gervy

Il aurait dû passer inaperçu, avec son estimation de 400 à 600 £. Dans le catalogue de la maison Holloway’s, il était vaguement attribué à une «école continentale» du XIXe siècle. Mais, repéré par trois enchérisseurs au téléphone, il voit son prix décupler, disputé ensuite par deux amateurs en salle, qui le font monter...

Un saint Jean béni
École continentale du XIXe siècle, St John the Evangelist and the Poison Chalice (Saint Jean l’Évangéliste et le calice empoisonné), huile sur toile, 106 x 78 cm.
Adjugé : 528 000 £

Il aurait dû passer inaperçu, avec son estimation de 400 à 600 £. Dans le catalogue de la maison Holloway’s, il était vaguement attribué à une «école continentale» du XIXe siècle. Mais, repéré par trois enchérisseurs au téléphone, il voit son prix décupler, disputé ensuite par deux amateurs en salle, qui le font monter à quatre, cinq, six chiffres… Le marteau tombe à 440 000 £, soit 528 000 £ frais compris. Les vendeurs seraient toujours sous le choc. Ils n’avaient aucune idée de la valeur de ce saint Jean l’Évangéliste, qu’ils pensaient représenter un Christ rédempteur, accroché de longue date dans la chambre d’amis de leur maison familiale dans l’Oxfordshire, et supposé être dans la famille au moins depuis les années 1890. L’une des nombreuses toiles empilées chez eux, et vendues le 28 février pour cause de grand rangement. Le spécialiste mobilier d’Holloway’s a confié à l’Antique Trade Gazette être un peu «embarrassé» par la mise à prix. Ils ont finalement été quelques-uns à voir, dans cette toile légèrement abîmée, le travail d’une école du Nord, daté du début ou du milieu du XVIIe siècle, et sans doute en rapport, de près ou de loin, avec Anton Van Dyck (1599-1641). Certains pensent avoir reconnu parmi les enchérisseurs le grand marchand londonien Philip Mould, spécialiste en maîtres anciens. Non seulement ce résultat est plus de sept cents fois supérieur à son estimation, mais il est même notable par rapport à l’ensemble des tableaux, d’élèves ou suiveurs de Van Dyck, vendus aux enchères. Il se place ainsi dans la fourchette la plus haute, d’après les données d’Artnet  entre 320 000 et 520 000 $, partagés à égalité entre Londres et New York. Quant au sujet du tableau, il représente saint Jean l’Évangéliste bénissant la coupe empoisonnée qu’un prêtre païen d’Éphèse lui a donnée afin de le mettre à l’épreuve. Mais, selon la Légende dorée de Jacques de Voragine (1228-1298), le venin s’avère être celui d’un petit dragon bicéphale. Saint Jean neutralise alors le venin, d’un geste de bénédiction, et peut ainsi boire le breuvage.

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