Un prêtre au royaume du Bénin

Le 10 novembre 2016, par Anne Foster

Olfert Dapper publie, en 1668, une vue de la ville de Bénin. Le pillage du palais, deux siècles plus tard, fera entrer dans les musées et collections ces témoins d’un art de cour.

Nigeria, royaume du Bénin, XVIIe siècle. Plaque edo, alliage de bronze, h. 47, l. 20,5 cm.
Estimation : 600 000/800 000 €

En septembre 1897, les troupes britanniques pénètrent dans le palais de l’oba Ovonramwen, dernier roi du Bénin, héritier de l’ancienne culture florissante d’Ife. Au cours de cette expédition punitive, menée en représailles au massacre d’une caravane au mois de janvier, «dans une case on trouva, enfouies sous la poussière des générations, plusieurs centaines de plaques de bronze (…) fondues d’une façon étonnante», lit-on dans le rapport remis aux autorités et publié dans Africa à Londres, la même année. La description faite par Dapper (1636-1689) deux siècles plus tôt se trouve confirmée : «Elles [les galeries] sont soutenues par des piliers de bois enchâssés dans du cuivre où leurs victoires sont gravées, et qu’on a soin de tenir fort propres». Ces pièces magnifiques sont emportées comme souvenirs ou prises de guerre. La plupart sont vendues, le gouvernement britannique en déposant un grand nombre au British Museum et se séparant de certaines pour couvrir les frais de l’opération militaire. En 1919, Von Luschan estime à environ 2 400 le nombre d’objets du Bénin figurant en collections publiques et privées. Cette plaque edo, représentant soit un «osuan» membre de la société supérieure des prêtres , soit un «osun» prêtre de la médecine et de la puissance curative , a figuré dans la collection de René Rasmussen, qui la reproduit dans son livre Art nègre en 1951. On la retrouve quelque temps plus tard dans celle d’Alice Kaplan à New York, comme en témoigne The Alice M. Kaplan Collection (Columbia University, 1981), par Linda Bantel. Le pouvoir royal est d’origine divine. Toute la société est régie par les fonctions que ses membres peuvent exercer, la caste sacerdotale étant l’une des plus puissantes avec celle des guerriers proche de la personne sacrée de l’oba. «L’osuan est l’un des deux grands prêtres à officier sur l’Ebo n’Edo, un prestigieux autel très ancien dédié à Uwen et Ora», peut-on lire dans Bénin - Cinq siècles d’art royal (ouvrage collectif, éd. musée du quai Branly, 2007). «Ces divinités étaient censées réguler les éléments naturels afin de garantir la permanence du peuple et de la dynastie du Bénin.» La robe indique le statut de prêtre du personnage, campé sur des jambes écartées en signe de stabilité, son menton disparaissant dans un haut col orné de rangs de perles de corail. La coiffure est décrite en deux lourdes mèches plaquées sur le front, une courte tresse en spirale ornant le côté gauche du visage. La pointe au sommet de la tête, ou «oro», est signe de haut lignage. Il tient dans chaque main un bâton écorcé, emblème de l’“osuan”.

jeudi 24 novembre 2016 - 18:00 - Live
Salle 9 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Binoche et Giquello
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne