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Un portrait diplomatique signé François-Xavier Fabre

Publié le , par Claire Papon
Vente le 12 décembre 2022 - 14:00 (CET) - Salle 10 - Hôtel Drouot - 75009

Conservé dans la famille du modèle jusqu’à ce jour, ce beau portrait de Pierre-Édouard Lefebvre de Béhaine nous plonge dans la Florence du début du XIXe siècle.

François-Xavier Fabre (1766-1837), Portrait de Pierre-Édouard Lefebvre de Béhaine... Un portrait diplomatique signé François-Xavier Fabre
François-Xavier Fabre (1766-1837), Portrait de Pierre-Édouard Lefebvre de Béhaine (1769-1828) devant la ville de Florence, 1802, huile sur toile datée, 96 74 cm, cadre d’origine (détail). Estimation : 100 000/150 000 

Notre diplomate a fière allure dans son habit à boutons dorés, son écharpe de soie blanche savamment nouée autour du cou, la chevelure au vent, un livre à la main. En 1802, François-Xavier Fabre est à l’apogée de sa carrière, et à un moment particulier de l’histoire de l’art, les peintres connaissant une paix relative dans la capitale toscane, à l'heure où le reste de l’Europe est pris dans la tourmente. Le roi de Naples a dû céder, en punition de ses imprudentes initiatives, la Toscane et l’île d’Elbe à la France. Les événements politiques vont bouleverser la vie et la carrière de Fabre, dont le talent lui ouvrait les portes à des commandes prestigieuses, comme celle pour la chapelle des Pénitents bleus de Montpellier, sa ville natale. En 1783, il entre dans l’atelier de Jacques Louis David, à Paris, sur recommandation de Joseph-Marie Vien. Après deux échecs, il est lauréat – devant Girodet – du grand prix de Rome en 1787. Quittant la Ville Éternelle en 1793, suite aux insurrections anti-françaises et à la mise à sac de l’Académie, il fuit à Naples, avant de s’installer à Florence. Demeuré fidèle à l’Ancien Régime, Fabre risque beaucoup trop en rentrant en France. Dans la capitale toscane, où son ascension est rapide, il exécute des peintures d’histoire, mais devient surtout le portraitiste attitré de la haute société, anglaise et française notamment, de passage ou installée là-bas. De retour à Montpellier en 1824, il offre à sa ville ses collections de tableaux et de dessins, à la condition qu’elles soient le point de départ d’un musée. Ce sera chose faite quatre ans plus tard. Ce beau morceau de peinture adopte le mi-corps davidien. Conservant le souvenir des portraits aristocratiques des Anglais du Grand Tour, il s’enrichit d’une dimension topographique ; le peintre synthétise l’intégration du modèle dans le paysage mise en place par son ami et prédécesseur à Florence, dont il a hérité d’une partie de la clientèle, Louis Gauffier (1762-1801 - voir page 176, Gazette n° 26). S’il est une année faste pour François-Xavier Fabre, c’est bien celle de 1802 : il réalise les portraits de Louis-François Bertin – directeur du Journal des débats qui choisira de se faire représenter par Ingres en 1835 –, du jeune Edgar Clarke, dont le père, Henri, duc de Feltre, était ministre plénipotentiaire auprès de la cour d’Étrurie, et ainsi le prédécesseur de Pierre-Édouard Lefebvre. Quelle meilleure toile de fond que celle des rives de l’Arno et des bâtiments emblématiques de Florence, le dôme de la cathédrale de Santa Maria del Fiore et la Seigneurie ? Sous-chef dans les services du Comité de salut public, puis au ministère des Relations extérieures, Lefebvre est chargé en août 1798 d’une première mission à Malte, avant d’être nommé premier secrétaire de la légation de France à Florence en 1801, puis à Naples et à Rome cinq ans plus tard. En mai 1811, à Berlin, il est chargé de dissuader Frédéric-Guillaume III d’adhérer à la sixième coalition. Appréhendé par les Cosaques le jour même de la signature du traité de Kalisz, le 28 février 1813, emprisonné en Russie, il rentre en France en juin 1814. Chargé par le duc de Richelieu d’écrire une histoire de la diplomatie française de 1763 à 1815, il décèdera le 28 novembre 1828, avant d’avoir mené ce travail à terme, laissant à son fils Armand les papiers nécessaires à la publication de l’Histoire des cabinets de l’Europe pendant le Consulat et l’Empire (1845). Et son portrait, chef-d’œuvre de poésie… 

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