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Un nu de Georges Seurat, encore étudiant aux Beaux-arts

Publié le , par Philippe Dufour

Au menu de cette session pascale, on découvrira une saisissante académie, laissant présager du génie futur de Georges Seurat son, le maître du divisionnisme, encore étudiant de la vénérable école.

Georges Seurat (1859-1891), Académie, crayon sur papier Michallet, non signé, porte... Un nu de Georges Seurat, encore étudiant aux Beaux-arts
Georges Seurat (1859-1891), Académie, crayon sur papier Michallet, non signé, porte un numéro «10» en haut à droite, 63 47 cm à vue.
Estimation : 30 000/60 000 

Adjugé : 206 400 €

Vue de trois quarts dos, la jeune modèle prend la pose, s’appuyant sur une canne pour mieux faire jouer la lumière sur son anatomie dévoilée… Voici une académie, un exercice obligatoire auquel tous les étudiants de l’École des beaux-arts à Paris doivent se plier au XIXe siècle, jusqu’à un résultat parfait. Son auteur, pourtant, n’en restera pas là, puisqu’il est appelé à devenir célèbre en tant qu’inventeur du pointillisme. Né dans une famille de notables parisiens éclairés – son père est huissier de justice –, Georges Seurat dessine dès le plus jeune âge, et à 17 ans commence à suivre des cours dans la prestigieuse école du quai Malaquais. Puis, en février 1878, le jeune artiste entre dans l’atelier d’Henry Lehmann (1814-1882), un élève d’Ingres ; une double filiation qui se ressent nettement dans cette Académie. Mais l’on y décèle déjà de remarquables talents de dessinateur, usant d'un trait très sûr et de puissants clairs-obscurs. Pourtant, esprit libre et avant-gardiste, Seurat n’a que faire de l’enseignement des Beaux-Arts qu’il abandonne en 1879. Se passionnant pour les ouvrages scientifiques sur la couleur des théoriciens Ogden Rood et Michel-Eugène Chevreul, il va inventer sa propre technique du divisionnisme, surnommée plus tard «pointillisme». Et à l’occasion du premier Salon des indépendants, en décembre 1884, il présentera sa composition manifeste : Une baignade à Asnières. Suivront bien d’autres chefs-d’œuvre, du Dimanche après-midi à l’île de la Grande-Jatte au Cirque, ponctuant une carrière trop brève, interrompue par la mort subite, à 32 ans, du jeune maître néo-impressionniste.

Seurat, dessinateur irréaliste
Aux côtés de ses peintures, les dessins, forts d’un opus de plus de cinq cents références, occupent une part très importante dans l’œuvre de Georges Seurat, constituant une expression à part entière qui prolonge ses recherches picturales. D’ailleurs, entre 1880 et 1882, l’artiste s’est consacré principalement à ce médium en noir et blanc, où, plus que sur ses toiles, très construites, il peut laisser libre cours à son imagination. Là, des paysages arborés ou des personnages solitaires, hommes et femmes pourtant vêtus d’habits contemporains, semblent flotter dans une atmosphère mystérieuse, rendue ouatée par le traitement même du crayon Conté très noir qui accroche le papier à gros grain, formant des masses sombres. Quant à notre nu de jeunesse, bien que non signé, il est parfaitement répertorié sous le n° 267 et reproduit dans Seurat et son œuvre, la somme de César Mange de Hauke (tome II, Paris, 1961). Dans ce catalogue raisonné, on découvre pour cette première période de nombreuses et brillantes académies exécutées aux Beaux-Arts ; la plupart – telle une Tête d’homme de profil vendue 85 280 € le 23 mars dernier à Paris (Artcurial) – ont d’ailleurs été dessinées sur ce même papier du fabricant Michallet, privilégié par l’artiste sa carrière durant… Après la disparition de Georges Seurat, c’est sa sœur Marie-Berthe (1847-1921), épouse du maître verrier Léon-Antonin Appert, qui devait hériter de la majorité de ses œuvres, parmi lesquelles notre feuille virtuose, mise en vente aujourd’hui par sa descendance.

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