Un nouvel écrin pour Landowski

Le 10 novembre 2017, par Stéphanie Pioda

Inauguré le 10 septembre, le musée déploie, au sein de l’Espace Landowski, le fonds qui était jusqu’à présent exposé rue Max-Blondat. Redécouverte d’un artiste attaché à l’art déco.

Entrée du musée avec au premier plan David combattant (1900) de Paul Landowski (1875-1961), bronze, d’après l’original en plâtre, prix de Rome, 1900, fonte Susse, 163 x 62 x 109 cm. Ville de Boulogne-Billancourt, musée Paul-Landowski.
© Saragoussi - Musée Paul-Landowski © Adagp, Paris, 2017

Il y a un paradoxe dans l’œuvre de Paul Landowski (1875-1961) : l’artiste lui-même est tombé dans l’oubli alors que ses sculptures sont pour certaines connues du monde entier. Citons le Christ Rédempteur de Rio de Janeiro (1931), la statue du premier président de la République chinoise, Sun Yat-sen, dans son mausolée à Nankin (1930), Montaigne devant la Sorbonne, Sainte Geneviève sur le pont de la Tournelle (1928). Le public les connaît sans pour autant y associer son nom, alors qu’il a passé sa vie à crouler sous les commandes. Pourquoi un tel décalage ? Paul Landowski est essentiellement un sculpteur de monuments : Paris en abrite une trentaine, parmi lesquels Les Fils de Caïn au jardin des Tuileries, Les artistes dont le nom s’est perdu au Panthéon ou les fontaines art déco de la Porte de Saint-Cloud. Nombreux sont ceux commémorant les morts de la Première Guerre mondiale : vingt-cinq en tout, sculptés entre 1920 et 1935. Ce statut d’artiste officiel l’a certainement mis à l’écart d’une histoire de l’art qui s’est écrite avec les avant-gardes au XXe siècle : lorsque Cézanne peint ses Grandes baigneuses, Landowski remporte le grand prix de Rome avec son David combattant (1900)  point de départ du parcours du nouveau musée. Or, si son écriture plastique semble de prime abord classique, «la modernité est pour lui dans la nature», souligne Élisabeth Caillet, petite-fille de l’artiste. «Rodin était trop expressionniste à son goût», poursuit-elle. Landowski s’inspire uniquement de modèles réels, sans chercher à dénaturer ou à recomposer un sujet, même si la maquette du Retour éternel surprend  l’œuvre achevée trône au columbarium du cimetière du Père-Lachaise. La musculature charpentée de la femme nous renvoie immanquablement aux sibylles de la chapelle Sixtine peintes par Michel-Ange, artiste dont se revendique Landowski. Son admiration est telle qu’il lui donne ses traits en homme vieillissant dans cette sculpture puissante, qu’il réalise en 1942, et qui conclut le parcours de ce nouveau musée que lui dédie la ville de Boulogne-Billancourt.
 

page de droite Paul Landowski (1875-1961), Christ rédempteur, 1926, maquette originale du monument érigé sur le mont Corcovado à Rio de Janeiro, inaug
page de droite Paul Landowski (1875-1961), Christ rédempteur, 1926, maquette originale du monument érigé sur le mont Corcovado à Rio de Janeiro, inauguré en 1931, plâtre patiné, 42 x 39 x 10 cm.Ville de Boulogne-Billancourt, musée Paul-Landowski.
© Musées de la Ville de Boulogne-Billancourt Photo Philippe Fuzeau © Adagp, Paris, 2017

Le défenseur du nouvel humanisme
Il existait bien ce musée-jardin ouvert en 1963 rue Max-Blondat et construit à l’emplacement de la maison de l’artiste, détruite après sa mort en 1961. La ville en était devenue propriétaire après la donation des héritiers en 1982, mais l’avait fermé en 2006 car le lieu n’était plus conforme pour accueillir un public qui ne pouvait par ailleurs y accéder que trois jours par semaine. Un premier pas avait été franchi en 2012, lorsque la Porte d’Asclépios avait été installée dans la nef  la version en bronze orne le portail de la faculté de médecine à Paris. Une année de restauration a été nécessaire pour remettre en état ce modèle en plâtre, resté trop longtemps en extérieur sur l’ancien site. Si le transfert dans l’Espace Landowski supprime la confusion qui régnait entre les deux lieux baptisés du nom du sculpteur, il n’est pas question de le fusionner avec le musée des Années Trente, également sis dans l’Espace. On passe certes de 70 m2 à 130 m2 dans une muséographie lumineuse, présentant sensiblement le même nombre d’œuvres (soixante-quatorze contre soixante-dix), mais on se sent un peu à l’étroit dans ce parcours en trois parties souffrant d’un certain déséquilibre. La première est une sommaire introduction et la dernière un prétexte pour évoquer l’atelier du sculpteur. L’essentiel est concentré dans le deuxième volet balayant les différentes productions, avec un ensemble de petite statuaire, de maquettes de monuments, de plâtres originaux et de sculptures monumentales, parmi lesquelles certaines sont encore dans le jardin de la rue Max-Blondat mais inaccessibles aujourd’hui. On découvre un artiste travaillant directement sur des esquisses en plâtre, s’attaquant à des pierres aussi bien dures (grès) que tendres (ivoire), un peintre également, mais surtout un homme porté par le nouvel humanisme qu’il partageait avec Romain Rolland et Paul Valéry, ses amis. On comprend mieux pourquoi son Christ est rédempteur et non meurtri sur une croix, pourquoi il a voulu relever les morts avec ses Fantômes érigés dans la plaine de Chalmont (Aisne) et pourquoi l’œuvre de sa vie a été son Temple de l’Homme, illustré par les trois maquettes en bas relief retraçant l’histoire de l’humanité. Ce projet utopique, resté inachevé, illustre la synthèse de ses conceptions esthétiques et intellectuelles et constitue un répertoire de formes dans lequel il a puisé. Après les carnages des deux guerres, Landowski croit toujours en l’Homme.

 

Vue de la salle principale avec, à gauche, le bouclier de la France et, à l’arrière-plan, la petite statuaire. © Saragoussi - Musée Paul-landowski © A
Vue de la salle principale avec, à gauche, le bouclier de la France et, à l’arrière-plan, la petite statuaire.
© Saragoussi - Musée Paul-landowski © Adagp, Paris, 2017
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