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Un mystérieux musicien vers 1730

Publié le , par Caroline Legrand

Dynamique et coloré, ce portrait de flûtiste attise bien des curiosités. Mais jusqu’alors, son attribution et l’identité de son modèle demeurent inconnues…

Un mystérieux musicien vers 1730
École française vers 1730, Portrait d’un flûtiste dans son cabinet de travail, toile, 80 64 cm.
Estimation : 20 000/30 000 
Adjugé : 300 380 €

Il existe de telles œuvres sur le marché, sur lesquelles tous les experts se sont penchés mais sans pouvoir lui offrir une attribution ni une identification certaines… Il n’en reste pas moins que ce tableau séduit par sa qualité, celle d’un peintre virtuose qui n’a pas hésité à cadrer sa composition de manière très serrée, concentrée, et à utiliser des couleurs d’une grande intensité. Ce style novateur et puissant au XVIIIe siècle, l’éloignant de l’art plus conventionnel d’un Largillière ou d’un Rigaud, a en revanche permis de dater cette peinture française – vu la présence des armes de France sur le globe – vers 1730 : ni avant, ni beaucoup après, car durant la décennie suivante, c’est Nattier qui domine l’art du portrait avec des œuvres d’une grande beauté, mais dans une manière beaucoup moins vigoureuse. L’expert René Millet a avancé un temps une attribution à Pierre Subleyras, ce dernier, ayant travaillé longtemps en Italie, affichant une virtuosité et une énergie comparables. Cette proposition fut toutefois réfutée par d’autres spécialistes. Ainsi, ce portrait intrigue et interroge depuis le XIXe siècle ; des gravures de cette époque sont d’ailleurs conservées à la BNF ou à la New York Public Library. En 1854, il garnissait les collections du comte de Sarcus, le propriétaire du château de Bussy-Rabutin en Côte-d’Or. Ce dernier voyait sous les traits du modèle le musicien François Couperin (1668-1733), tandis que Gustave Eyriès, dans un ouvrage de 1879, y reconnaissait le flûtiste Michel de la Barre… dont d’autres portraits connus paraissent trop éloignés. Le tableau fut acquis par la famille de son actuel propriétaire à Paris à la galerie Georges Petit, le 30 mai 1924, alors sous l’attribution à Louis Tocqué. Depuis, personne n’a su identifier l’homme se tenant, notons-le, devant une partition illisible, et qui pourrait finalement n’être qu’un joueur amateur de flûte traversière. Il utilise d’ailleurs, selon la musicologue Florence Gétreau, un instrument à trois corps, viroles d’ivoire et une clef d’argent, typique des créations des facteurs entre 1680 et 1715, donc légèrement dépassé pour le début des années 1730. Le mystère persiste…

vendredi 06 mai 2022 - 14:30 (CEST) - Live
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