Un Livre d’heures vers 1500 pour l’Angleterre

Le 23 septembre 2021, par Philippe Dufour

Le XVe siècle flamand a pu être qualifié de «Siècle d’or de l’enluminure», tant l’art de la miniature y tend à la perfection. Parmi ses productions raffinées, se détachent les œuvres de l’École ganto-brugeoise, à l’image de ce «Livre d’heures de Salisbury.

Flandres, vers 1500, Heures de Salisbury (Horae beatae Mariae Virginis secundum usum Sarum), manuscrit sur vélin fin, grand in-8° (20,3 13,5 cm), 137 feuillets à 17 lignes par page ; reliure en velours du XIXe siècle avec fermoirs métalliques.
Estimation : 10 000/20 000 

Au cours des années 1470 en Flandre, et sous l’influence de la peinture de chevalet, l’enluminure connaît un bouleversement sans précédent. Abandonnant les décorations encore médiévales, les illustrateurs adoptent un nouveau style, libre et naturaliste ; outre les grandes miniatures devenues de véritables tableaux, se mêlent dans les cadres paysages, fleurs et fruits, scènes animalières ou portraits… L’un des principaux initiateurs de ce mouvement est appelé le Maître du livre de prières de Dresde, dont la période d’activité s’étend jusqu’en 1515. Très prolifique, l’artiste a introduit dans les marges des livres d’heures les ornements traités en nuances pastel, les fonds colorés et même les trompe-l’œil, caractérisant les productions de l’école dite «ganto-brugeoise». Sous cette appellation savante, sont rassemblés des ouvrages issus d’ateliers essentiellement répartis entre les cités de Gand et de Bruges. Ces manuscrits peints devaient connaître une grande renommée et s’exporter à travers toute l’Europe occidentale, comme en atteste avec éclat ce Livre d’heures de Salisbury, un manuscrit sur vélin où s’exprime l’art d’un enlumineur demeuré anonyme. De son vrai titre latin Horae beatae Mariae Virginis secundum usum Sarum, l’ouvrage appartient à un petit corpus d’œuvres flamandes destinées à la clientèle aristocratique anglaise, et portant un nom générique emprunté à la petite ville du Wiltshire…
Symboles et clin d’œil
Comme ses semblables, notre livre a ainsi été adapté par son rédacteur aux pratiques cultuelles du commanditaire : on relève dans la litanie des saints des figures honorées en Angleterre, tels saint Swichine, saintes Brigida et Editha ; et on y lit une prière en l’honneur de saint Thomas Becket, l’archevêque de Canterbury assassiné dans sa cathédrale. Mais le décor de ce somptueux ouvrage de 137 feuillets – dont les miniatures à pleine page sont cependant manquantes – trahit bien son indéniable origine continentale. L’ornementation se déploie avec virtuosité sur les seize pages ornées d’une grande initiale à fond d’or ; alentour, de larges bordures sont habitées d’autres volatiles, d’insectes, de roses, de lys, de fraises ou de groseilles… Ces éléments affirment pour beaucoup une riche symbolique : les figures choisies évoquent l’éternité et la survie de l’âme, tels les paons, chenilles et autres papillons, ou encore l’archer visant le ciel avec sa flèche. D’autres s’amusent du mode de vie de leur inventeur : l’escargot représenterait la condition de l’enlumineur allant de ville en ville avec son bagage ! Quant à la technique, elle aussi témoigne d’une exceptionnelle maîtrise, en particulier dans l’application de l’or sur un fond de minium rouge et celle des couleurs, posées à l’aide d’un très fin pinceau par l’artiste… Au vu de tant d’indices, «ce dernier, suggère l’expert Jean-Paul Veyssière, pourrait bien être le même que l’auteur des bordures, initiales et lettrines du chef-d’œuvre de l’école ganto-brugeoise, le Bréviaire Grimani aujourd’hui conservé à la Biblioteca Marciana de Venise».

mercredi 29 septembre 2021 - 14:00
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Rouillac
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