Un instantané chorégraphié par Edgar Degas

Le 22 octobre 2020, par La Gazette Drouot

VENTE MAINTENUE À HUIS CLOS Ce pastel d’Edgar Degas réalisé vers 1896-1899 n’est autre qu’une étude pour une toile conservée à la National Gallery of Art de Washington

Edgar Degas (1834-1917), Danseuse, vers 1896-1899, pastel, 47,5 33,5 cm (à vue), 47,8 34,5 cm (feuille).
Estimation : 100 000/150 000 

Outre son charme indéniable, ce pastel d’Edgar Degas, provenant de l’ancienne collection de Julie Reinach-Goujon, est intéressant pour sa parenté avec une toile de 1899 conservée à la National Gallery of Art de Washington. Il s’agit en effet d’une étude pour l’une des Quatre danseuses, celle de gauche, du tableau également connu sous le titre En attendant l’entrée en scène. Comme dans cette œuvre, on retrouve dans ce dessin le cerne noir délimitant la silhouette de la jeune femme et mettant l’accent sur la courbe de son bras, la chute de son épaule et de son dos, alors que le visage n’est qu’esquissé. La danseuse prime sur la personne. En créant de forts contrastes, l’éclairage de scène participe lui aussi à la mise en valeur du corps, sur lequel il attire l’attention en sculptant ses volumes et en découpant ses gestes. Dans la version peinte, le choix de couleurs vives pour les ombres, orangées et vertes à l’unisson des chevelures, des corsages et des tutus, renforce encore la présence des ballerines. À travers la danse, Degas cherche à étudier les effets de la lumière artificielle sur les attitudes et les mouvements. Il se défend d’être un simple « peintre des danseuses », comme l’ont qualifié certains, car au-delà de la séduction de ses sujets, ses œuvres sont des instantanés, telles que peuvent l’être des photographies. On sait d’ailleurs à quel point il a été fasciné par les clichés séquentiels d’Eadweard Muybridge, diffusés en 1887 dans son ouvrage Animal Locomotion. Degas s’est d’ailleurs lui-même essayé à la photographie, entre 1895 et 1896, profitant de dîners pour transformer les convives en modèles pour ses mises en scène aux éclairages étudiés. Exécuté dans la foulée de ces expérimentations, ce pastel a sans doute profité des leçons de clair-obscur qu’il en a tirées. Si le peintre revient aux danseuses après cette digression photographique, il ne remet plus pour autant les pieds à l’Opéra Garnier, où il s’est rendu pour la dernière fois en 1892. Ses souvenirs, accumulés pendant tant d’années, lui suffisent désormais pour poursuivre ses recherches. Il a en effet passé pas moins de cent soixante-dix-sept soirées dans le palais de la danse et ses coulisses. Un privilège acquis de haute lutte, en 1885, grâce au sésame accordé par les nouveaux directeurs de l’institution, Eugène Ritt et Pedro Gailhard. Dès lors, Degas peut passer la fameuse « porte de communication » séparant la salle et la scène. Le foyer de la danse n’aura plus de secrets pour lui.

vendredi 20 novembre 2020 - 16:00 - Live
12, rue Drouot - 12, rue Drouot - 75009
Touati - Duffaud
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