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Un Indonésien peintre francophile

Publié le , par Anne Foster

Raden Saleh rencontre Horace Vernet à Paris, dans les années 1840. Il découvre Delacroix et ses peintures de chasse exotiques. Fêté du monde parisien et à son retour à java, il a été récemment redécouvert.

Un Indonésien peintre francophile
Raden Salèh Sarief Bustaman, dit Raden Saleh (vers 1811-1880), La Chasse au taureau sauvage (banteng), 1855, huile sur toile, 110 x 180 cm.
Estimation : 150 000/200 000 €

Les chevaux roulent des yeux effarés, se dressant en un mouvement de panique. Dans cette mêlée, les cavaliers s’apprêtent à frapper, tirant leurs dagues et lance. Le paysage vallonné baigne dans une lumière dorée, si éloigné du drame qui s’y déroule. On pense à Delacroix et ses chasses au tigre et aux lions, ou à celles brossées par Horace Vernet. En regardant de plus près le tableau vendu prochainement, on remarque les chapeaux coniques de paille tressée, le turban du cavalier central, les sarongs des chasseurs. Tout ceci est nettement plus exotique. Le peintre indonésien est de retour dans son pays, après un séjour européen d’une vingtaine d’années. Raden Saleh (vers 1811-1880) avait été reçu dans l’atelier de Vernet, fréquentant le meilleur du monde parisien, subjugué par ce «prince javanais». Il est aussi protégé par les souverains hollandais l’Indonésie faisait partie des Indes néerlandaises et par son ami Ernest II, prince héritier de Saxe-Cobourg et Gotha. Fils d’un notable de Semarang, sur l’île de Java, confié à un tuteur à Batavia (aujourd’hui Jakarta), le jeune homme, remarqué pour ses dons artistiques et formé à la peinture occidentale, obtient une bourse en 1829 pour étudier les grands maîtres en Europe. À Paris, il fait sensation et mettra peu d’empressement à suivre le conseil de Vernet d’«aller rafraîchir ses idées sur les lieux» de son enfance. Dans son esprit, ce voyage sera de courte durée, quatre à cinq ans, lui permettant de revoir sa famille. Il débarque à Batavia en 1852, auréolé du titre de «peintre du Roi» et doté d’une pension importante. Il est réclamé comme portraitiste par les marchands de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, les officiels et même les communautés javanaise et chinoise. Cependant, il brosse encore quelques chasses qui ont eu tant de succès en Europe, plusieurs étant entrées dans des collections royales, tant à Paris qu’à La Haye et Leipzig. Dans ses compositions en frise d’un vaste paysage, il a su les réinterpréter et adapter à son héritage javanais. Cette peinture est peut-être un signe d’allégeance au pouvoir hollandais : le banteng, un bœuf sauvage, est adopté comme symbole des partisans de l’indépendance indonésienne. Tout au long du XIXe siècle, des rébellions éclatent, comme celle du prince Diponegoro, dont il dépeindra en 1857 l’arrestation. Après une longue éclipse, ce peintre «au teint couleur d’or et à la chevelure bleue», décrit par Théophile Gautier, renoue avec la reconnaissance de son talent : l’exposition «Between Worlds : Raden Saleh et Juan Luna», à la National Gallery de Singapour, est visible jusqu’au 11 mars.

tableaux anciens, arts décoratifs, tableaux du XIXe, tapisseries, objets d'art et d'ameublement
samedi 27 janvier 2018 - 14:30 (CET)
8, rue du docteur Joseph-Audic, zone d'activités du Ténénio - 56001 Vannes
Jack-Philippe Ruellan
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