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Un idéal aux reflets d’incendie

Publié le , par Christophe Averty

«Roux ! De Jean-Jacques Henner à Sonia Rykiel», Musée national Jean-Jacques-Henner, 43, avenue de Villiers, Paris XVIIe, tél. : 01 47 63 42 73 www.musee-henner.fr - Jusqu’au 20 mai.

Jean-Jacques Henner (1829-1905), Hérodiade, vers 1887, huile sur carton collé sur... Un idéal aux reflets d’incendie
Jean-Jacques Henner (1829-1905), Hérodiade, vers 1887, huile sur carton collé sur toile (détail), 109 x 68,5 cm.
© RMN-Grand Palais / Franck Raux

Entre fascination et rejet, les rousses comme les roux intriguent depuis le fond des âges. Ostensiblement, Jean-Jacques Henner a succombé à leur charme mystérieux. Dans les pas de ses pairs, Toulouse-Lautrec, Renoir et Carolus-Durand  dont une auburn Lilia nue, posant, de dos, ouvre l’exposition , le peintre alsacien a scellé son inclination dès 1872. Son Idylle, inspirée du Concert champêtre de Titien, figure une joueuse de flûte à l’aube des temps dont la flamboyante crinière sublime le grain et l’éclat de sa peau. Désormais, sensuelles à faire rougir, le teint poudreux nuancé de délicates transparences, ses nymphes couronnées d’une éclatante chevelure vont venir habiller de leur pâleur des paysages d’automne en camaïeux, tapissés au loin de ciels turquoise. Leur rousseur soyeuse caresse leurs corps opalescents, abandonnés à une tranquille intimité (La Liseuse). Par contraste, elle accentue, ici, la douceur d’un visage aux traits diffus (Camille Merval) ou souligne, là, l’humeur déterminée de la Comtesse Kessler, dont le délicat portrait surgit, comme une surprise, d’une austère et luxueuse robe noire. Théâtral aussi, ce Christ roux  auquel se sont également essayés Manet et Gauguin  semble unir dans une noble compassion la figure de Jésus supplicié à celle de son traître, Judas. Henner cherche-t-il à fixer une symbolique ? Entend-il simplement se démarquer en signant son œuvre par un recours systématique au même jeu de couleurs ? Voudrait-il laver des siècles de préjugés en célébrant une beauté mésestimée ? Quoi qu’il en soit, du jardin d’hiver à l’attique, l’hôtel particulier  qui restitue l’atmosphère quotidienne de l’artiste et de son atelier de la place Pigalle  présente aujourd’hui, au sein des collections permanentes, une trentaine de toiles de petit format, puisées aux réserves du musée et restaurées pour l’occasion. Mais loin d’avancer d’hypothétiques théories  saura-t-on jamais pourquoi Henner s’est tant attaché aux modèles roux ? , l’exposition s’aventure bien au-delà, du côté de l’art tribal des masques Képong aux cheveux de feu, provenant de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Elle s’encanaille même dans l’univers de la mode, célébrant l’iconique Sonia Rykiel par les croquis et les modèles des couturiers Catstelbajac, Gaultier ou Margiela. Et s’évade enfin avec de superhéros nommés Peter Pan ou Tintin, ou le mal aimé Poil de Carotte… Autant de chemins pour explorer l’imaginaire qu’une peur instinctive de la différence a fait grandir au fil des siècles. Aussi, de carnets en esquisses, de dessins nerveux en toiles obsessives, Jean-Jacques Henner, tout membre de l’Institut qu’il fut, aura valorisé à sa manière, avec constance et hardiesse, une esthétique reflétant un apparent détachement des conventions, picturales mais aussi morales, magnifiant la rousseur d’une femme libre voire fatale qu’incarnent à l’époque Sarah Bernhardt et Loïe Fuller, représentées sur des affiches de Jules Chéret. Se bornant à suggérer des pistes de réflexion, tels des clins d’œil entendus, l’ensemble des œuvres réunies offre la plaisante immersion dans la passion d’un peintre et d’une culture aux strates lointaines. Un voyage tout en rousseur !

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