Un enfant roi, Louis XIV, et un graveur virtuose, Jean Varin

Le , par Philippe Dufour

De la rencontre entre le jeune Louis XIV et le sculpteur Jean Varin est née une médaille d’exception dont la version en or, des plus rares, sera le clou d’une importante vente de numismatique.

Louis XIV (1643-1715), 1643, médaille en or, 92,96 g, 50,9 mm, à l’avers «LVDOVICVS.XIIII.D.G.FR.ET.NAV.REX», buste drapé et cuirassé, tête nue de Louis XIV à droite, chevelure longue et bouclée avec la croix de l’ordre du Saint-Esprit, au revers «ANNA.D.G.-FR.ET.NAV.REG.», buste voilé et drapé d’Anne d’Autriche à droite, les cheveux longs tombant sur le buste, graveur Jean Varin (non signée).
Estimation : 40 000/60 000 

Le visage, aux rondeurs enfantines, est celui d’un futur grand monarque, Louis XIV (1643-1715), ici âgé de cinq ans seulement et fruit de l’alliance des deux dynasties les plus importantes alors en Europe : les Bourbons et les Habsbourg. En 1643, année où est frappée cette médaille en or spectaculaire (92,96 g pour un diamètre de 50,9 mm), le petit dauphin est devenu roi à la suite de son père, Louis XIII, décédé quelques mois auparavant, le 14 mai. Cependant, en raison de son jeune âge, son géniteur, avant de disparaître, a eu le temps d’instituer un conseil de régence comptant les personnalités les plus importantes du royaume : son épouse, la reine Anne d’Autriche, son propre frère Gaston, duc d’Orléans, et le cardinal Mazarin. Pour célébrer l’avènement selon la tradition, une médaille a été exécutée et témoigne clairement de ce pouvoir encore sous tutelle. Sur l’avers, l’enfant roi apparaît en buste et déjà en chef de guerre : le voici donc cuirassé et drapé, avec la croix de l’ordre du Saint-Esprit. Tête nue à droite, il porte une chevelure longue et bouclée. Sur le revers se dessine le buste voilé et drapé de sa mère, à droite, les cheveux longs tombant sur le buste. Sa réalisation a été confiée à Jean Varin (1604-1672) – bien que ce chef-d’œuvre ne soit pas signé, il trahit son auteur par sa finesse et son goût du détail. Rappelons que le sculpteur d’origine liégeoise, l’un des plus illustres médailleurs français du XVIIe siècle, a connu une ascension fulgurante. Installé à Paris autour de 1626, il se fait remarquer par Louis XIII et Richelieu en exécutant leurs bustes. Proche du très jeune Louis XIV – une étonnante peinture, conservée aujourd’hui à la Monnaie de Paris, les représenterait posant ensemble –, il occupera dès 1647 et jusqu’à sa mort le poste de graveur général des Monnaies de France. Notre médaille était destinée à jouer un rôle bien précis, celui de présent offert aux proches du jeune monarque, ainsi qu’à quelques souverains étrangers par l’entremise des ambassadeurs. Achetée à la prestigieuse maison Ratto à Paris, le 23 septembre 1948, la pièce peut être qualifiée désormais d’une «insigne rareté et de toute beauté» pour avoir aussi réchappé aux fontes drastiques qui ont affecté ce type de productions royales à partir des années 1680. Et d’autant plus recherchée, comme le soulignait déjà le grand spécialiste Fernand Mazerolle (Jean Varin, 1932), que le cabinet des Médailles de la BnF lui-même n’en possède pas la version en or…

jeudi 09 juillet 2020 - 15:00 - Live
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Christophe Joron Derem
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