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Un dernier miracle pour saint Paul

Le 23 janvier 2019, par Philippe Dufour

Offerte lors de sa réception à l’académie de Saint-Luc, cette toile d’Eustache Le Sueur s’affirme avec force comme le manifeste de sa nouvelle manière.

Un dernier miracle pour saint Paul
Eustache Le Sueur (1617-1655), Saint Paul délivrant un possédé ou saint Paul guérissant des malades, huile sur toile, 175 x 137,5 cm.
Estimation : 350 000/400 000 €

Que serait le Nouveau Testament sans la figure tonnante de saint Paul ? Saül l’implacable foudroyé sur le chemin de Damas, qui se métamorphose en missionnaire parmi les Gentils, puis arpente l’Asie Mineure et la Grèce, avant de subir le martyre à Rome. Une vie tumultueuse, et une véritable source d’inspiration pour les peintres du XVIIe siècle français, en mal d’effets dramatiques. Eustache Le Sueur est le premier d’entre eux : parmi ses chefs-d’œuvre les plus connus, il y a bien sûr La Prédication de saint Paul à Éphèse, peinte en 1649, et aujourd’hui au musée du Louvre. Ici, il a choisi un autre épisode de l’hagiographie de Paul, mais à ce jour mal identifié : s’agit-il du saint aveuglant le faux prophète Élymas  épisode qu’avait traité avant lui Raphaël  ou bien de l’une de ses dernières séances de guérisons miraculeuses, en présence de l’empereur Néron ? Un nourrisson à l’agonie, un convulsionnaire tiré de sa cellule et peut-être un aveugle, accompagné de son chien, sont présentés à l’apôtre, en pleine invocation, bras levés et bouche ouverte… On pense inévitablement à la scène peinte par Le Sueur relatant «Raymond Diocrès se dressant de son cercueil devant saint Benoît», dans son cycle consacré en 1645 au fondateur de la Chartreuse  au musée du Louvre également. Au-delà de la narration hallucinée, cette toile présente un intérêt majeur pour la connaissance de l’œuvre du maître, car il s’agit de son morceau de réception à la Communauté des peintres et sculpteurs de Paris  la célèbre académie de Saint-Luc , offert entre fin 1645 et début 1646. À ce titre, il fut exposé dans la salle de l’assemblée de cette institution, sise en l’église Saint-Denis de la Chastre, jusqu’en 1776, date de la dissolution de l’académie. Après quelques détours par différentes collections privées, l’œuvre est saisie en 1797, mais n’est finalement pas retenue pour le Museum central ; en 1804, on la retrouve chez Lucien Bonaparte, puis on perd sa trace en 1816. Et il faudra patienter jusqu’en 1994 pour la voir réapparaître à la Dover Street Gallery, à Londres ; elle connaîtra alors une notoriété publique, grâce à un dépôt au Fogg Art Museum de Harvard entre 1998 et 2005. À juste raison, car il s’agit d’une pièce capitale qui se situe à une période charnière dans l’œuvre de Le Sueur. Rejetant les effets baroques et trop décoratifs de son maître Simon Vouet, il ouvre, avec ce «Saint Paul», une nouvelle voie, où chaque attitude, qui se doit d’être noble, s’insère dans une composition très étudiée, calquée sur les dernières réalisations de Raphaël. Ce style très français, tout en retenue, est qualifié depuis d’atticisme ; et l’artiste parisien en est l’un des pères fondateurs.

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