Un chaouabti de la XXIe dynastie pour la royale servante d’Amon

Le 25 mars 2021, par Philippe Dufour

Provenant d’une collection à la traçabilité impeccable et constituée en Égypte au XIXe siècle, ce chaouabti, indispensable au séjour des morts, va bientôt connaitre une nouvelle vie. Il faut dire que son histoire a de quoi séduire.

Égypte, XXIe dynastie (1069-945 av. J.-C.), chaouabti de Nestanebeticherou, faïence, émail bleu intense, inscriptions et ornements bleu nuit, h. 14 cm.
Estimation : 6 000/8 000 

Plus qu’une simple figurine de faïence émaillée bleu turquoise, ce chaouabti semble habité d’une réelle présence… Dans l’Égypte pharaonique, la statuette funéraire (aussi dénommée « oushebti ») joue un rôle essentiel : celui d’un «remplaçant» chargé d’accomplir les tâches du défunt dans l’au-delà, et en particulier les travaux agraires. Aussi les retrouve-t-on en très grand nombre dans les tombes, formant une armée de travailleurs muets qui peut avoisiner les quatre cents exemplaires, puisqu’il en faut au moins un pour chaque jour de l’année. Suivant le statut social du disparu, l’effigie sera de bois, de pierre, de métal, de céramique comme ici, où l’on peut juger du degré d’excellence alors atteint par les émailleurs égyptiens. Notre chaouabti, momiforme et en position osiriaque, porte également une inscription tracée en bleu nuit, révélant l’identité de son maître, ou plutôt de sa maîtresse puisqu’il s’agit d’une jeune femme de sang royal, Nestanebeticherou. On sait qu’elle était fille de Pinedjem II, grand prêtre d’Amon à Thèbes de 990 à 969 av.  J.-C., soit sous la XXIe dynastie, et de la princesse Nesikhonsou. Les hiéroglyphes dévoilent également sa fonction, exercée parmi les nombreux officiants et autres servantes sacrées affectés aux temples de Louxor : celle de «grande supérieure du harem d’Amon». En quoi consistait cette dernière institution ? En un collège de nobles dames dévouées au service du dieu thébain, essentiellement des chanteuses et des musiciennes, certaines, non mariées, vivant même dans le Saint des saints.
Un parcours rocambolesque
Ce chaouabti faisait partie – avec un autre de ses semblables également proposé –, de la collection archéologique rassemblée par Georges Saint-René Taillandier (1852-1942), en poste à l’ambassade du Caire dès 1875. Quant à l’origine des deux objets, elle tient du roman d’aventures : ils proviennent de la fabuleuse cache de Deir-el-Bahari (dite aussi «tombe TT 320»), située dans la falaise au-dessus du grand temple d’Hatchepsout. De fait, c’est un hypogée prévu initialement pour abriter les momies de Pinedjem II et de sa famille ; mais très vite, la tombe accueillera des dizaines de dépouilles royales, enlevées secrètement de la vallée des Rois pour les mettre à l’abri des pillards. Parmi la cinquantaine d’hôtes de marque, on notera les restes de Ramsès II, Thoutmosis Ier ou encore Séthi Ier ! Ce refuge aurait été découvert vers 1871 par les frères Abd el-Rassuls, des habitants d’un village voisin qui ont longtemps exploité ce gisement inespéré. Des objets précieux étant alors apparus massivement sur le marché local, le Français Gaston Maspero, directeur du service des Antiquités égyptiennes, va mener une enquête, qui lui permettra de cerner l’origine du trafic. Et en juillet 1881, les quelque six mille pièces subsistant dans leur cachette sont enfin déménagées jusqu’au musée égyptien du Caire… De son côté, le chaouabti de Nestanebeticherou devait connaître le feu des enchères lors de la dispersion de la collection Taillandier, à l’Hôtel Drouot le 29 juin 1992, et y être adjugé 30 000 F. Ce jour-là, l’expert désigné n’était autre que le regretté Jean Roudillon… 

lundi 29 mars 2021 - 02:00 - Live
Rennes - 32, place des Lices - 35000
Rennes Enchères
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne