Un bouquet printanier lyonnais de Pierre Étienne Rémillieux

Le 27 février 2020, par Philippe Dufour

Ce tableau de Pierre Étienne Rémillieux s’inscrit dans la plus haute tradition d’une spécialité artistique : «la fleur lyonnaise». Bien connue, et considérée comme l’un des chefs-d’œuvre du genre, cette brassée sera bientôt à portée de main.

Pierre Étienne Rémillieux (1811-1856), Tulipes panachées, jacinthes bleues, chèvrefeuille et fleurs diverses sur fond gris, huile sur toile, signée, 40 31,5 cm.
Estimation : 8 000/10 000 

Quelques simples fleurs de printemps composent ce bouquet élégant : trois grosses tulipes panachées, une jacinthe, qu’accompagnent une branche de chèvrefeuille et un brin de viorne. Il n’en faut pas plus pour attirer des insectes en mal de pollen : papillons, mouche, guêpe, coccinelle, sans oublier un mylabre en livrée rouge et noire. La composition aérée, qui déploie ses volumes dans l’espace sur un fond gris, témoigne d’une parfaite connaissance de la botanique. Peu étonnant, lorsque l’on connaît l’origine et le parcours de son auteur, Pierre Étienne Rémillieux, grand peintre de fleurs et représentant talentueux de l’école de Lyon, souveraine en la matière. Né à Vienne, dans l’Isère, en 1811, c’est tout naturellement dans la capitale rhodanienne que le jeune artiste fera son apprentissage. À l’École des beaux-arts, il est l’élève de Claude Bonnefond – le directeur de l’institution et tenant d’une facture lisse – mais surtout, en 1831, d’Augustin Thierriat, dont l’enseignement sera décisif. S’il s’adonne parfois au paysage et au genre, Thierriat a surtout été un interprète magistral de la fleur, peinte sur toile ou sur papier, mais aussi sur porcelaine. En 1825, il publia une suite très remarquée de lithographies sur le sujet… De fait, c’est toute la cité qui s’est tournée vers la spécialité florale, enseignée dès avant la Révolution. Cette vocation se concrétisera avec la création par la municipalité, en 1795, d’une «École de dessin de la fleur».
Une pépinière de talents
Cet art va continuer à prospérer au sein des beaux-arts lyonnais, ouverts en 1806, grâce à une classe dont l’objectif affiché est de former des dessinateurs, destinés à fournir des motifs aux fabriques de soieries. On y apprendra donc les techniques de «la fleur naturelle» ou encore de «la mise en carte». L’étude d’après nature occupe, bien sûr, une place centrale ; et pour copier les plus beaux spécimens de roses, pivoines et autres pavots, ses élèves peuvent se rendre au jardin botanique, alors implanté sur les pentes de la Croix-Rousse. Les toiles des meilleurs représentants de ce courant délicat sont aujourd’hui exposées dans une salle du musée des beaux-arts de Lyon. Y éclatent les taches de couleur de dizaines d’œuvres, parmi lesquelles les opulentes compositions d’Antoine Berjon, de Simon Saint-Jean et, bien sûr, de Rémillieux (dont un Groupe de fleurs dans une coupe de bronze). Avec sa production consacrée aux fleurs (mais aussi aux fruits), l’artiste s’est d’ailleurs fait un nom au Salon de Paris, où il expose de 1841 à 1855, et obtient une médaille de deuxième classe en 1847. Disparu prématurément dans sa quarante-quatrième année, il n’aura laissé que peu de tableaux : on en dénombre moins d’une trentaine. Notre bouquet virtuose devrait donc enivrer plus d’un admirateur ; d’autant qu’il est dûment répertorié et reproduit dans l’ouvrage de référence, écrit par Élisabeth Hardouin-Fugier et Étienne Grafe sur La Peinture lyonnaise au XIX
e siècle (Paris, éditions de l’Amateur, 1995).

dimanche 08 mars 2020 - 15:00 - Live
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