Un « off » avec des hauts et quelques bas

On 17 December 2019, by Pierre Naquin et Sibylle Aoudjhane

Un large spectre de foires satellites gravite autour d’Art Basel Miami Beach. Mais toutes n’ont pas le même poids dans la galaxie.

Mona Ardeleanu (née en 1984), Pliss 2019: IX (2019), huile sur toile.
Courtesy Galerie Thomas Fuchs

Art Basel Miami Beach, c’est un «in», mais aussi un «off». Des dizaines de foires satellites, plus dynamiques que jamais cette année, dit-on. Une offre «accessible, éclectique et vivante», selon Piero Spadaro, présent sur la plage Scope pour la galerie Hang Art (San Francisco). Certaines de ces foires ne sont plus si satellites que ça. Presque aussi incontournable qu’ABMB, NADA (New Art Dealer Alliance, l’un des grands syndicats internationaux de galeries) en est à sa 17e édition à Miami. Un cru particulièrement réussi, selon les marchands. «C’était une très belle année. Je dois admettre que la qualité générale des propositions sur la foire était top. Le buzz était au rendez-vous et le public prenait vraiment le temps d’étudier les œuvres présentées», s’enthousiasme Kourosh Nouri, de Carbon 12 (Dubaï). «Jusqu’à présent, c’est probablement l’une des meilleures NADA pour nous, pas nécessairement commercialement, mais surtout du point de vue de la visibilité.»
Où sont les ventes ?
Bonne visibilité, public dynamique… ces termes reviennent souvent dans la bouche des galeristes. Mais concernant leurs ventes, les exposants se montrent subitement moins loquaces. Jack Chen, présent à Pulse pour sa galerie taïwanaise, se dit très satisfait de la curiosité des visiteurs. Pourtant, aucune vente. «Certains conservateurs de musées ont montré un certain intérêt à notre stand, ce qui est pour nous une très bonne récompense», assure-t-il. «Puisque nous pratiquons des prix élevés sur le stand, nous ne nous attendons pas vraiment à conclure des ventes sur le salon, mais à remplir notre agenda de rendez-vous avec des collectionneurs. Et nous sommes complets pour les deux prochaines semaines», explique Stefania Minutaglio (11 [HellHeaven] Art Gallery, Miami), une locale exposant à Scope, qui accueillait cette année pas moins de cent trente-quatre marchands. NADA semble être l’exception avec de nombreuses belles opérations. John Schmid, de la galerie Ackerman Clarke (Chicago), se félicite de la manière dont s’est déroulée la foire : «Nous avons placé plusieurs pièces entre 3 000 et 30 000 $». De nombreuses œuvres de Pacifico Silano, présentées sur le stand de Sergey Gushchin (Fragment Gallery, Moscou), trouvaient preneur, entre 2 500 et 7 500 $, «principalement auprès de collectionneurs américains. Plusieurs fondations européennes que nous avons rencontrées sur la foire ont aussi manifesté un certain intérêt pour son travail. Nous reviendrons sans aucun doute l’année prochaine», confirme l’heureux galeriste. En provenance de Düsseldorf, Roozbeh Golestani est très satisfait de la présentation de son artiste autrichien Siegfried Anzinger, dont le prix des peintures exposées allait de 30 000 à 55 000 $. «Les organisateurs nous ont beaucoup mis en avant. Il ne faut rien changer. Tout est parfait !», ajoutait-il. Pour Anca Poterasu, venant de Bucarest, les achats se réalisent surtout si le public s’est déjà familiarisé avec la galerie. «L’année dernière, nous n’avions pas beaucoup vendu, mais cette édition était géniale. Les amateurs ont besoin de connaître la galerie, explique-t-elle. Nous avons cédé quelques tableaux de Dragos Badita et une sculpture de Stoyan Dechev à des collectionneurs américains.» Autre foire, même constat. En provenance de Fort-de-France, Caryl Ivrisse-Crochemar, de 14°N 61°W, pense la même chose, étant quant à lui présent pour la première fois sur Prizm, salon dédié aux arts afro-américains. «Nous avons concrétisé quelques ventes, mais nous ne pouvons pas encore parler de satisfaction. C’était notre première participation, et les habitués achètent d’abord auprès de galeries qu’ils connaissaient déjà», affirme-t-il. Sur son stand, il vendait 5 000 $ une photographie de Robert Charlotte, Les Amériques (Correspondences, 2019), à une collection établie en Norvège et deux dessins de la série «Combat» (2018) de Yoan Sorin à un collectionneur local, pour 4 000 $ chacun. Les manifestations «off» seraient-elles devenues surtout des espaces de balade, où un grand nombre de visiteurs vient avant tout flâner ? «Untitled était plus agréable à visiter que ABMB», estime James Danziger, de la galerie new-yorkaise du même nom. «La participation était en plein essor et de nombreuses personnes nous parlaient d’Untitled comme de leur événement préféré. Ils trouvent la foire amicale, lumineuse, ouverte, lisible et surtout de très grande qualité !», s’enthousiasme-t-il, en précisant être «très satisfait» de ses ventes. Toujours sur Untitled, Ron Mandos (Amsterdam) cédait entre 300 000 et 400 000 $ d’œuvres d’Isaac Julien ou de Hans Op de Beeck. «Mais ce dont je suis le plus fier, c’est que Michael et Susan Hort aient acheté sept grandes peintures du jeune Pavel Grosu». «Nous présentions deux artistes canadiens, que nous avons réussi à placer autour de 10 000 $, précise quant à lui Clint Roenisch, de Toronto.
Quelques déceptions
Design Miami semble quant à elle avoir cette année déçu plusieurs de ses exposants : «Il y a un peu trop de contemporain à mon goût», juge Patrick Seguin, même s’il la trouve «très active, avec une belle fréquentation». «La foire perd sa perspective historique, et se concentre sur les conceptions et installations contemporaines qui tiennent davantage de l’art que du design. Je ne pense pas que nous reviendrons, du moins pas avant quelques années», renchérit Didier Haspeslagh (Didier Ltd., Londres). Le marchand d’art était d’autant plus déçu que les ventes n’étaient pas bonnes : «Trop de gens ne font que courir sans prendre le temps de regarder correctement». Art Miami n’a pas non plus été à la hauteur des attentes des différents participants. Peter Osborne, de l’enseigne Osborne Samuel (Londres), ressentait que «l’affluence avait baissé» et qu’«il n’y avait pas assez de collectionneurs internationaux». La galerie est néanmoins satisfaite de ses ventes, avec «trois Kentridge, quatre Chadwick et deux Moore, entre autres». Le Viennois Ernst Hilger ne mâche pas ses mots : «Cette édition était moins dynamique, avec moins de visiteurs et moins d’enthousiasme.» Celui-ci n’est satisfait ni de ses ventes (moins de 100 000 €) ni d’éventuels prospects. «Depuis que Nick [Korniloff, ndlr] a vendu la foire, elle baisse indubitablement. Elle a besoin d’un nouveau comité de pilotage.» «Pour nous, Art Miami n’est peut-être pas aussi cool que d’autres offs, mais c’est peut-être salvateur quand on voit certaines exagérations du marché de l’art actuel. Aucune banane sur Art Miami !», analyse néanmoins Thomas Fuchs (Stuttgart). La galerie allemande réalisait de belles ventes, vingt-deux au total, «dont sept œuvres de notre artiste sud-coréen émergent, Yongchul Kim, parties en quelques heures lors de la preview ; nous avons également vendu quatre pièces de l’Américain Patrick Angus et sept de la jeune Mona Ardeleanu.» Cadaf cette année, Aqua, Ink, Fridge… De très nombreuses foires satellites gravitent invariablement autour d’ABMB. Signe d’effervescence pour certains, mais aussi de saturation pour d’autres. C’est le regret de plusieurs marchands face à une semaine bien dense. Pour Jeanine Hofland (Althuis Hofland, Amsterdam), c’est là le nœud du problème : «Il serait bon d’étaler l’Art Basel Week afin que le public, mais aussi les marchands, puissent profiter de tous les événements.» Pas sûr que ce soit exactement ce dont les organisateurs aient envie… 

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