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Très recherché symbole de pouvoir

Le 06 septembre 2018, par Anne Foster

Depuis le chef tshokwé qui fit réaliser ce sceptre, des connaisseurs reconnus, comme Charles Ratton ou Béatrice et Patrick Caput, l’ont admiré. Il sera l’un des fleurons de la collection de ces derniers, vendue en partie prochainement à Drouot.

Très recherché symbole de pouvoir
Angola, style pays Moxico. Sceptre tshokwé en bois, h. 42 cm.
Estimation : 280 000/350 000 €

Un chef tshokwé demande à un artiste formé par l’école de Moxico, localité de la province éponyme à l’est de l’Angola, de lui fournir un des symboles de son pouvoir, le sceptre. Il est représenté comme il se doit, coiffé de son chapeau, mutwe wa kayanda, haut et s’élargissant dans la nuque en deux volutes, emblématique attribut des patriarches tshokwés, riche et puissant groupe d’origine bantoue, ayant au XVIIIe siècle, vaincu leurs voisins lundas. Proche également du royaume kongo, cette ethnie était réputée pour ses artistes, notamment les sculpteurs de figurines et de masques. Celui auquel fut confié ce travail était très probablement un des plus reconnus. Il suffit d’admirer le soin avec lequel il composa les traits du visage, la somptueuse ornementation du corps du sceptre dont l’articulation et les proportions de l’ensemble affirment au premier regard le pouvoir du personnage ; encore plus remarquable, sa manière de rendre l’expression d’une sagesse inhérente à tout chef respecté. Le front bombé abrite de grands yeux, ouverts sur une vision intérieure ; le nez aux ailes dilatées et la large bouche esquissant un énigmatique sourire et la barbe, autre symbole du pouvoir  dont il ne reste que l’indication de touffes drues , évoquent Chibinda Ilunga, «prince du sang sacré», qui aurait vécu dans les années 1600, héros dont se réclame tout Tshokwé. Paul Pogge fut le premier, en 1875, à recueillir l’épopée dynastique. Doté d’une force exceptionnelle, grand chasseur, le fils du roi Kalala Hunga traverse la Kalanyi à la poursuite de gibier, et pénètre dans les terres de Lweji, jeune femme à la tête des Lunda, groupe qui chassait encore avec des massues. Le nemrod étranger leur fait connaître les armes en métal, plus efficaces. Il n’en fallait pas plus pour séduire Lweji qui l’épouse peu après et lui offre un bracelet, affirmation de la séniorité du porteur au conseil des Anciens. Par suite de migrations, et de mariages avec des populations locales, ses héritiers occupent les vallées fertiles et les hauts plateaux entre les sources du Kasai et du Kwango, la terre des Tshokwé. Le sceptre  comme le trône et la coiffe élaborée  est un des insignes du pouvoir, affirmant ainsi sa lignée prestigieuse. Considéré comme un être puissant, l’artiste a veillé à le traduire avec soin dans le grain serré du bois, par un agencement harmonieux de courbes, et par cette ornementation du coffre du sceptre. On pourrait peut-être y lire une division du monde : l’air avec ses tourbillons, la terre avec des frondaisons étagées… Il se suffit à lui-même, insigne de pouvoir et chef-d’œuvre. 

Arts d'Afrique et d'Océanie
jeudi 15 novembre 2018 - 17:00 (CET) - Live
Salle 9 - Hôtel Drouot - 75009
Binoche et Giquello
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