Trafic : alerte aux faux certificats Unesco

Le 09 juillet 2020, par Vincent Noce

Des escrocs d’Afrique de l’Ouest utilisent de faux documents pour écouler des statuettes sans valeur. Mise en garde.

UNESCO

L’Unesco a lancé une alerte après avoir été saisie, dit-elle, de « nombreux signalements d’escroquerie et de trafic illicite de biens culturels en provenance d’Afrique, réalisés sous le couvert de faux documents » arborant son sigle. Certains portent le nom de ses responsables et parfois même, sont accompagnés de faux papiers d’identité. Ces pseudo-certificats varient dans leur contenu. Ils peuvent attester de l’exportation légale de l’œuvre ou de sa non-appartenance au patrimoine protégé. D’autres vont jusqu’à assurer de l’authenticité, voire de la valeur financière. Le montant des dommages n’est pas négligeable, puisqu’il peut aller de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers d’euros. Une victime a perdu 800 000 € pour un lot de sculptures du Cameroun, une autre 125 000 €.

Les contacts s’établissent via les réseaux sociaux, en ciblant les internautes sensibilisés à l’Afrique

Les escrocs adaptent leur offre
L’Organisation des Nations unies chargée de la culture rappelle qu’en aucun cas elle ne délivre de document attaché à un bien culturel en vue de sa commercialisation. « C’est une situation que j’ai vu se développer depuis deux ans à peu près », nous explique le chef de service chargé des enquêtes au siège de l’Unesco à Paris, Cédric Bourgeois. La pratique se serait répandue en Afrique francophone, à partir du Cameroun. Elle ne serait pas l’apanage d’un seul gang, puisqu’elle se poursuit et même s’intensifie, alors que des réseaux ont été démantelés et les auteurs arrêtés. Le scénario change selon la victime, le principe étant de l’inciter à payer toujours plus, en imaginant des frais qui n’en finissent pas. Il peut même lui être demandé d’avancer des frais de dossier… pour les faux documents de l’Unesco. Les contacts s’établissent via les réseaux sociaux, en ciblant les internautes sensibilisés à l’Afrique pour une raison ou une autre. Après une mise en confiance rendue possible par des échanges sur les beautés d’un village et des cultures locales, il leur est proposé d’acquérir des œuvres africaines, en leur fournissant des photographies. Le « certificat Unesco » les rassure sur la légitimité de l’opération. Au final, quand elles n’attendent pas en vain leur livraison, les victimes reçoivent des objets valant quelques dizaines d’euros sur les marchés locaux. Les escrocs adaptent leur offre à chaque interlocuteur. « Dans un cas, raconte Cédric Bourgeois, la personne contactée s’intéressait davantage à la culture du Mali qu’à celle du Cameroun et donc, il lui a été proposé des objets maliens. 95 % de ce trafic porte sur des statuettes, mais on a vu aussi apparaître des masques pour ceux qui exprimaient leur intérêt. » Aucun marchand, expert ou commissaire-priseur ne pourrait se faire berner par ces faux grossiers, mais ils peuvent faire illusion pour des profanes attirés par l’imaginaire d'un art lointain. L’Unesco appelle toute personne sollicitée à ne pas donner suite et à signaler toute tentative d’escroquerie aux autorités de police et de justice.

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