Topographie de l’art : Humanimalismes

Le 25 février 2020, par Baptiste Roelly
Robert Gligorov, King Fish, 1998, capture d’une performance, photo Cibachrome sur aluminium, 7,5 59,5 cm.
© Courtesy de l’artiste et Aeroplastics, Bruxelles

L’exposition proposée par Paul Ardenne à l’espace Topographie de l’art est de celles qui s’emploient à sonder les œuvres d’art pour y distinguer les obsessions enfouies ou projections dystopiques de notre époque. Elle adopte l’angle du rapport de l’homme à l’animal, sujet ancestral dont le traitement par nos contemporains montre bien que quelque chose a changé. Les âges d’or à la Cranach, où l’humanité et la faune vivaient en harmonie dans un jardin clos sont loin, comme le sont les primitivismes animaliers du siècle dernier : l’heure est désormais à l’hybridation des espèces humaines et animales – soit à l’humanimalisme. Ici, une femme se fait transfuser du sang de cheval avant de grimper sur des prothèses évoquant les membres antérieurs de l’équidé. Là, des oiseaux nidifient la gorge d’un homme dont le corps ne semble plus avoir pour seule fonction que de leur servir d’habitat naturel. Tandis que des dessins jouent de subtils jeux de lavis pour que des cavaliers fusionnent avec leurs montures, un homme couve des œufs ou nous explique comment vivre dans un ours taxidermisé. La démonstration convainc d’autant qu’elle convoque des artistes déjà confirmés ou plus confidentiels, répartis sur plusieurs générations et usant d’un large panel de techniques. Que ce soit chez Joseph Beuys, Jan Fabre ou Alix Delmas, par la peinture, la performance ou la sculpture, tout converge. Une veine humanimaliste parcourt indéniablement l’art postmoderne et sa toile de fond se tisse sur ces grandes peurs de notre époque que sont la dégradation de la biosphère, la prédation de l’homme sur son environnement ou la maltraitance animalière. Véritable échappatoire aux catastrophismes ou scepticismes ambiants, «Humanimalismes» expose la manière dont l’art se saisit de ces enjeux et donne, par-là, bien du grain à moudre.

Topographie de l’art,
15, rue de Thorigny, Paris 
III
e, tél. : 01 40 29 44 28.
Jusqu’au 4 avril 2020.
www.topographiedelart.fr
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