Tony Cragg à Boboli

Le 10 septembre 2019, par Zaha Redman
Tony Cragg (né en 1949), Elliptical Column et Point of View, 2012-2018, acier.
Photographie : Michael Richter

L’association du cadre exceptionnel du jardin de Boboli et des sculptures monumentales de Tony Cragg (né en 1949) fonctionne merveilleusement. D’abord, par une affinité : l’esthétique maniériste du parc, nourrie de bizarreries grouillantes, de coins secrets ourdis dans le végétal, est en accord avec les «difformités» hybrides de l’artiste, sorties d’un univers de proliférations étonnantes mi-naturelles mi-virtuelles. Inversement, on découvre un contraste suggestif entre deux temps, celui des Médicis et le nôtre, mais pareillement traversés par une inquiétude mélancolique. Ici, la sculpture de Cragg devient classique, tandis que Boboli est comme excité par l’actualité des pièces monumentales. Le geyser chromé se détachant sur le panorama florentin, avec la coupole de Brunelleschi, est une quasi-hallucination, d’autant qu’il est le seul morceau bénéficiant d’un horizon aussi ample. Mais les autres pièces, des résines, des plâtres ou des bronzes, s’accommodent bien de la découpe des parterres et des allées. Il y a là un abrégé intéressant de la production du Britannique, un bel éventail de ses obsessions formelles et existentielles. Cragg penche vers une forme de monstruosité, qu’il essaie de cerner avec obstination et qui résonne parfaitement avec les grottes ou les fontaines maniéristes. Le sculpteur semble mener une bataille contre des géants : l’échelle, un espace cosmique parcouru de courbures, des nombres et des rythmes d’une sérialité déroutante, des impératifs de découpe et de dessin de plus en plus abstraits. Il est toujours à mi-chemin entre le végétal, le minéral et le digital, entre la forme travaillée et la pièce usinée. Cette irrésolution voulue produit un pathos, dirait-on même un lyrisme, que la masse et la monumentalité contrecarrent très adroitement. «Tony Cragg à Boboli» est une mine d’intuitions et de sensations stimulantes.

Jardin de Boboli, palais Pitti, Florence.
Jusqu’au 27 octobre 2019.
www.uffizi.it/en/events/tony-cragg
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