Tom Wesselmann, le langage des nus

Le 30 juin 2001, par Anne Foster

Ce peintre pop réalise une œuvre cependant fluctuante, inspirée de Matisse et s’approchant, vers la fin, de l’abstraction. Deux sujets l’occupent : nus et natures mortes… à moins que les deux n’en fassent qu’un.

Tom Wesselmann (1931-2004), Big Study for Nude, 1976, graphite et Liquitex sur papier, 91,5 x 133,5 cm.
Estimation : 350 000/450 000 €

© Adagp, Paris 2017

Le tableau, Great American Nude de 1977, conservé dans la collection Maslow, Minneapolis (Minnesota) occupe l’espace par ses dimensions importantes  138,4 cm x 238,7 cm  et par sa toile découpée qui l’apparente à un bas-relief géant. L’étude proposée prochainement est plus intimiste et souligne le rôle du dessin préparatoire pour les artistes de la seconde moitié du XXe siècle. En fait, c’est par le dessin que Wesselmann est parvenu à l’art ; enrôlé pendant la guerre de Corée, il prend des cours et décide de commencer une carrière dans la bande dessinée. Toutes les œuvres de Wesselmann s’appuient sur le dessin, sur des séries d’esquisses de style variable, au travers desquelles l’image émergera. En 1956, il s’installe à New York et rencontre De Kooning ; deux ans plus tard, le «cartoonist» se transforme en peintre. En 1980, sous le pseudonyme Stealingworth, il rédige son autobiographie documentant l’évolution de son travail artistique. Le peintre a trouvé sa muse, Claire Shelley, qui devient son épouse en 1963. Le milieu intellectuel et artistique new-yorkais l’électrise, stimulant ses recherches esthétiques. L’expressionnisme abstrait règne en maître. Wesselmann, désireux de rendre «le figuratif aussi excitant», choisit le nu, se souvenant des tableaux du Titien, d’Ingres, de Manet et de Matisse. Ce dernier inspirera sa peinture tout au long de sa carrière. Les couleurs vives sont posées en aplats, le fond devient décoratif comme un écrin pour son sujet favori : le corps féminin, qu’il réduira à quelques essentiels, le sein, la bouche et les poils pubiens. Il gomme la texture de la peau, efface les traits du visage ; ici, on remarque l’absence dérangeante des yeux, comme si le spectateur était mis en présence d’une poupée. Que fait cette femme ? À quoi pense-t-elle ? Qu’attend-elle ? Peut-être la sonnerie du téléphone doré à ses côtés, signal de l’appel de son amant ? Ou alors, elle pose pour une réclame de parfum, avec l’association symbolique aux roses, proéminentes dans le vase bleu et blanc. La femme, utilisée à outrance pour vendre des voitures, des parfums ou un sparadrap : cette leçon sera reprise et poussée au paroxysme par Jeff Koons. Wesselmann, dans son utilisation quasi obsessionnelle de motifs évoquant, de près ou de loin, le bout d’un sein, bouleverse l’imagerie publicitaire dont il souligne le vide et l’attraction pour un érotisme au langage simplet. Il reprend les éléments  nu, bouquet de roses, bouteille de parfum  dans plusieurs toiles ; en particulier, la bouche laissant filtrer entre ses lèvres entrouvertes des volutes de fumée, certainement plus érotique que les nus lisses et bronzés probablement de manière artificielle. Licencié en psychologie, Wesselmann maîtrisait ces codes symboliques.

dimanche 09 juillet 2017 - 14:30 - Live
Versailles - 3, impasse des Chevau-Légers - 78000
Versailles Enchères
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