Tobeen, un peintre régionaliste basque d’avant-garde

Le 15 juillet 2021, par Sophie Reyssat

Du cubisme, le peintre a conservé une vision synthétique de ses sujets. Tout en restant moderne, son pinceau a immortalisé les traditions du Pays basque.

Félix Élie Bonnet, dit Tobeen (1880-1938), A Tuna !, huile sur toile signée, titrée, étiquette de l’exposition de Bordeaux de 2012, 70,5 53 cm.
Estimation : 25 000/30 000 

Ce tableau de Tobeen n’a pas été vu sur le marché depuis le Salon d’automne de 1927, où il avait été acquis par le grand-père de son propriétaire actuel. Un atout pour cette toile, qui appartient en outre à un corpus restreint, seules quelque trois cents œuvres de l’artiste étant référencées. Natif de Bordeaux – où s’est tenue en 2012 une rétrospective de son travail –, Félix Élie Bonnet de son vrai nom a souvent séjourné à Ciboure, entre 1909 et 1919. Il livre dans cette œuvre un pur concentré du Pays basque. La palette, resserrée, met l’accent sur ses couleurs emblématiques : le blanc des maisons passées à la chaux, le rouge tirant sur le brun de leurs pans de bois et de leurs volets, traités au sang de bœuf pour les protéger des insectes et de l’humidité, et le bleu éclatant du ciel. On retrouve aussi la teinte azur sur le corps du thon placé dans le panier d’osier, en équilibre sur la tête de la jeune femme. La pêche de ce poisson roi de la côte basque est une tradition qui remonte au XVIIe siècle, et jusque dans les années 1950, les Kaskarotes, ces vendeuses qui le proposaient à Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, ont fait résonner les rues au son de leur cri «arraina bizi-bizia», poisson frais ! Le peintre traduit ce pittoresque avec modernité : au cadrage étudié et à la composition rigoureuse, il ajoute une simplification des formes allant de pair avec des aplats contrastés. L’époque où il se plaît à découvrir des scènes du quotidien au détour des ruelles cibouriennes est aussi celle qui le voit expérimenter le cubisme et figurer aux expositions du mouvement en France, mais aussi à New York, Chicago et Boston, où l’Armory Show de 1913 fait connaître à l’Amérique les peintres de la Section d’or. Tobeen, qui réside à Paris depuis 1907, a participé à l’accrochage manifeste à la galerie La Boétie à l’occasion duquel Albert Gleize et Jean Metzinger ont publié leur traité sur l’esthétique novatrice. L’œuvre du peintre qui ait sans doute le plus marqué les esprits alors est un autre sujet basque, Les Pelotaris, vu au Salon des indépendants en 1912 et acquis par le critique d’art Théodore Duret. L’artiste demeura attaché toute sa vie à sa région de cœur. Il l’a peinte avec un réalisme géométrique, mettant l’accent sur certains détails architecturaux et sur les lignes directrices du paysage, rendant ses tableaux emblématiques de ce pays. La femme tient également une place importante chez lui. Proposée dans la même estimation, sa Vénus aux colombes peinte vers 1920, également dite Le Nid, illustrera la poésie de son pinceau.

samedi 07 août 2021 - 14:00 - Live
Saint-Jean-de-Luz - 8, rue Dominique-Larréa, Z.A. Layatz - 64500
Côte Basque Enchères Lelièvre - Cabarrouy
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