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Tissier, architecte des Années folles

Publié le , par Andrew Ayers

«Il n’est peut-être pas le plus grand génie de l’architecture du XXe siècle, concède Stéphane Boudin-Lestienne, auteur de cette première monographie consacrée à une figure de la vie artistique de l’entre-deux-guerres aujourd’hui oubliée, le Français Paul Tissier (1886-1926). Mais l’ensemble de ce qu’il nous a laissé s’additionne...

Tissier, architecte des Années folles
Stéphane Boudin-Lestienne, Paul Tissier : l’architecte des fêtes des Années folles, Norma Éditions, 256 pages, 60 €.

«Il n’est peut-être pas le plus grand génie de l’architecture du XXe siècle, concède Stéphane Boudin-Lestienne, auteur de cette première monographie consacrée à une figure de la vie artistique de l’entre-deux-guerres aujourd’hui oubliée, le Français Paul Tissier (1886-1926). Mais l’ensemble de ce qu’il nous a laissé s’additionne pour raconter une de ces aventures, aussi audacieuses qu’inattendues, qui ont fait la modernité». Ce ne sont en effet ni ses maisons de style moderno-méditerranéen, destinées à une clientèle azuréenne fortunée – d’un charme un peu douteux –, ni ses aquarelles saisies sur le vif pendant les sombres heures de la première guerre, si techniquement accomplies soient-elles, qui convaincront de l’intérêt de publier tout un volume sur ce fils d’imprimeur devenu architecte. L’importance de Tessier est ailleurs, et tient à trois choses : sa manifeste habileté pour le dessin, son activité en tant qu’organisateur de fêtes – entamée dès ses études aux Beaux-Arts parisien avec les célèbres bals des Quat’z’Arts –, et enfin la miraculeuse survie de ses archives, intactes et complètes, jusqu’aux cartons d’invitation, menus, morceaux de décors sur tarlatane – quatre cents au total ! – et autres babioles. C’est ainsi tout un pan oublié de ces frivoles et frénétiques années 1920 qui nous revient des brouillards du temps, renaissant dans ces pages telles les mondanités de Proust. Si cette étonnante archive est parvenue jusqu’à nous, c’est d’abord grâce à l’épouse de l’architecte, Gisèle Tissier-Grandpierre – harpiste, élève de Fauré, amie de Cléo de Mérode —, qui emmagasine tout, puis à Patrick Le Nezet, son ancien locataire, qui a su en reconnaître l’importance et convaincre le jeune doctorant Stéphane Boudin-Lestienne d’y consacrer sa thèse. Vingt ans plus tard, son livre nous emmène un soir de février 1924 à Nice, où Alfred Donadeï, à la tête d’un empire hôtelier, a commandé à Tissier «Un repas de noces en Russie», où décors au pochoir recréent toute une ville en trompe l’œil, peuplée de convives en costume, telle la princesse Tcherbakov en kokochnik emperlé. Ainsi revit l’éclat d’une seule nuit, et avec elle l’esprit de toute une époque.

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