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Thomas Hache à Chambéry : le goût du voyage

Publié le , par Caroline Legrand

Quatre meubles de Thomas Hache, dont cette remarquable armoire « aux mascarons », illustreront ses productions savoyardes plus connues, mais aussi celles provençales plus précoces de cet ébéniste voyageur.

Thomas Hache (1664-1747), armoire de mariage «aux mascarons», vers 1690-1695, fond... Thomas Hache à Chambéry : le goût du voyage
Thomas Hache (1664-1747), armoire de mariage «aux mascarons», vers 1690-1695, fond en sapin, marqueterie de bois teinté, ronce de noyer, noyer blond, noyer de fil et scagliola bleue, 200 151 58 cm.
Estimation : 120 000/150 000 
Adjugé : 387 350 

Les amateurs du mobilier de la dynastie des Hache ont peut-être reconnu cette armoire de mariage «aux mascarons». Mais, dans l’ouvrage de Pierre et Françoise Rouge, Le Génie des Hache, en page 88, elle apparaissait avec un bois et surtout une scagliola ternis par la saleté accumulée et le poids des années (éditions Faton, 2005). Provenant d’une collection lorraine, la revoici nettoyée après être passée par les mains expertes du restaurateur lyonnais Patrick Asta-Richard. Elle appartient au corpus des armoires ouvrant à deux vantaux et à corniche supérieure de Thomas Hache. Trois magnifiques décors en réserve ornent chaque vantail de leurs motifs de paniers fleuris, encadrés de deux personnages assis de manière très naturelle, de vases, d’oiseaux perchés, ou encore – en partie centrale – de renommées de chaque côté d’un grand vase garni de pivoines et soutenu par ces fameux masques d’homme auxquels le meuble doit son nom. «Cette pièce est typique de la création de Thomas Hache lors de son séjour à Chambéry estimé entre 1690 et 1695, et évoque sa production alors sous influence tant parisienne qu’italienne», précise Françoise Rouge. De la première découle la forme même de cette armoire à deux grandes portes, un meuble nouveau à la fin du XVIIe siècle, supplantant celle à quatre portes ou «meuble à deux corps» – qui aurait été créée par Pierre Gole, maître du jeune Thomas lors de son passage dans la capitale à l'occasion de son tour de France, entre 1681 et 1685. Quant à la marqueterie florale naturaliste, elle est bien sûr la spécialité d’un autre ébéniste parisien, André-Charles Boulle. À la manière italienne, on doit l’usage du décor en scagliola – ici bleue –, obtenu à partir du sélénite chauffé puis mélangé à de l’eau, de la colle de peau et des pigments colorés afin d’être apposé dans les cavités laissées entre les éléments de placage. Si cette technique a été inventée au milieu du XVIIe siècle pour imiter la marqueterie florentine de pierre dures de la Renaissance, elle a aussi permis à Thomas de remplacer à moindre coût la corne teintée des ébénistes parisiens. Une influence médiévale ou flamande pourrait même être avancée face au motif de frise sur la corniche, avec acanthe et personnage… Une nouvelle preuve que Thomas Hache était non seulement un grand voyageur, mais aussi un homme très instruit. Trois autres de ses réalisations, également mises en vente, évoquent sa production antérieure et un goût provençal par leur ornementation naturaliste de fleurs et d’oiseaux. Un meuble à deux corps et à retrait, au décor envahissant toute la façade, provenant d’une collection italienne, est ainsi annoncé à 60 000/80 000 €. Issus de la descendance de la famille de Salve Villedieu, au château de Pinet, à Reillanne, un meuble à deux corps et retrait et un cabinet à deux vantaux et trois tiroirs, plus sobres, sont quant à eux proposés chacun à 20 000/30 000 €. Ces deux derniers sont datés de 1685-1690, confirmant ce que les précédentes découvertes du meuble à deux corps de la fondation Bemberg ou de l’armoire du marquis de Mirabeau, premier consul d’Aix, avaient laissé entrevoir : Thomas Hache a commencé à travailler dès 1685 et ses premiers commanditaires ne furent pas les aristocrates savoyards mais des familles languedociennes ou provençales. Une question demeure : s’est-il rendu à Aix-en-Provence ou Toulouse pour ces commandes ou les a-t-il déjà réalisées à Chambéry ?

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