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Tête haute jusqu’au bout des perversions

Publié le , par Anne Foster
Vente le 20 décembre 2017 - 14:30 (CET) - Salle 1-7 - Hôtel Drouot - 75009

Entre répulsion instinctive et respect pour la démarche revendiquant une totale liberté, la lecture de ce texte sulfureux de Sade ne laisse pas indifférent. L’épopée du manuscrit va peut-être connaître, à Drouot, son épilogue.

Donatien-Alphonse-François, marquis de Sade (1740-1814), Les 120 Journées de Sodome... Tête haute jusqu’au bout des perversions
Donatien-Alphonse-François, marquis de Sade (1740-1814), Les 120 Journées de Sodome ou l’École du libertinage, manuscrit autographe écrit au recto, puis au verso, 1785.
Bande de 33 feuillets collés bout à bout formant un rouleau, longueur 1 210, largeur 11,3 cm, dans une boîte-étui en double en veau gris par Jean-Luc Honegger.

Estimation : 4/6 M€

Un an après sa sortie de prison en avril 1790, Donatien-Alphonse-François, marquis de Sade, publie, imprimée par ses soins, une brochure où il proclame : «Les Français veulent être libres et ils le seront.» Aristocrate, ayant reçu une solide éducation, il avait déjà connu maintes fois les geôles du royaume, à chaque fois pour des actes d’abus et de sévices sexuels, à l’encontre de femmes parfois aux mœurs légères et de jeunes filles sans doute trop naïves ou cupides. Cependant, cet extrême libertin fut toujours soutenu par son épouse, Renée-Pélagie Cordier de Launay de Montreuil, et aimé par sa chanoinesse de belle-sœur, Anne-Prospère. Ce qu’il décrit dans ce texte à la limite du soutenable, il l’a vécu en grande partie, les flagellations, les tortures physiques, l’avilissement  également mental  de la femme ; dans Les 120 Journées de Sodome, il prête au duc de Blangis, le maître implacable des prisonnières, ces termes : «Examinez votre situation, ce que vous êtes, ce que nous sommes, et que ces réflexions vous fassent frémir […] Vous êtes déjà mortes au monde.» Sade écrit ce roman, inventaire de toutes les perversions sexuelles, en prison, à Vincennes ; lorsqu’il est transféré à la Bastille, il met au propre ses brouillons sur des bouts de papier réunis en rouleau. À la fin, il l’annote : «Toute cette grande bande a été commencée le 22 8bre 1785 et finie en 37 jours.» Caché dans sa cellule, Sade doit l’abandonner lorsqu’il est extrait de la Bastille en 1789.

Ce manuscrit, trouvé par un certain Arnoux de Saint-Maximin, va connaître un destin pour le moins mouvementé. Vendu à la famille de Villeneuve-Trans, cédé ensuite à Iwan Bloch, psychiatre et sexologue allemand qui publie en 1904 un texte bourré de fautes. En 1929, le rouleau revient à un membre de la famille Sade, son arrière-petite-fille, Marie-Laure de Noailles. Ce retour est salué par André Breton : «Le marquis de Sade a regagné l’intérieur du volcan en éruption/D’où il était venu» (
L’Air de l’eau, 1934). L’édition critique de Maurice Heine (1931-1935) fait référence… jusqu’au jour de 1982 où l’éditeur Jean Grouet se voit confier le manuscrit par Nathalie de Noailles, et qui en profite pour le vendre au Suisse Gérard Nordmann. Une décision de justice helvétique confirme la propriété du bibliophile de littérature érotique aux dépens de Carlo Perrone, fils de Nathalie. Le parfum de scandale entourant le divin marquis qui, selon René Crevel, «dans l’illumination des rêves que le besoin faisait sanglants […] démolissait les murs qui l’exilaient du monde des corps», continue malgré tout. En 2014, les héritiers Nordmann le vendent à Gérard Lhéritier (voir Événement, Gazette n° 43, page 12) ; son nouveau propriétaire avait annoncé alors qu’il serait confié dans cinq ans à la Bibliothèque nationale…

mercredi 20 décembre 2017 - 14:30 (CET) - Live
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Aguttes , Les Collections Aristophil
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