Taylor fait encore des heureux

Le 09 juin 2017, par Agathe Albi-Gervy

La Fondation Taylor, qui soutient les artistes depuis plus de cent soixante-dix ans, vient de décerner ses prix annuels. L’occasion de revenir sur l’histoire et les missions de cette indispensable institution.

Jumpei Mikani, A Wake, gravure, prix Kiyoski Hasegawa 2017.
© jumpei mikani

Trop peu nombreuses sont les structures qui soutiennent les artistes vivants, mais dont la cote sur le marché reste à faire. Entre les musées, les galeries d’art contemporain et les bourses qui ne sont généralement adressées qu’aux tout jeunes praticiens, sur qui les artistes cinquantenaires, sans agent ni argent, peuvent-ils compter ? Sur la Fondation Taylor. À la cérémonie de remise des grands prix 2017, qui a réuni le 29 mai dernier une petite foule dans le beau théâtre La Bruyère, l’actuel président, Jean-François Larrieu  lui-même peintre  revendique ainsi ces actions : «Nous sommes un contre-pouvoir qui devient absolument nécessaire. Nous avons l’intelligence, la sensibilité et la volonté de développer la fondation, encore plus qu’aujourd’hui. Nos ambitions sont grandes, face à un marché de l’art très difficile.»
Des prix éclectiques
Vingt-deux prix, attribués sur dossiers aux adhérents de la Fondation Taylor, sont constitués par donation ou legs. Leurs fondateurs, artistes ou descendants d’artistes, peuvent imposer des critères particuliers. Le plus convoité, le grand prix Léon-Georges Baudry, créé par ce sculpteur décédé en 1978, récompense alternativement un peintre, un sculpteur ou un graveur, âgé de 55 ans minimum, et doté «d’un réel talent figuratif». D’un montant de 20 000 €, il a été décerné à Philippe Jourdain pour l’ensemble de son œuvre. Ce sculpteur né en 1960, diplômé des beaux-arts de Reims et de Paris et ancien pensionnaire de la Casa de Velázquez, a notamment coréalisé, pour le compte de Jean Cardot, la sculpture en hommage au Général de Gaulle, au rond-point des Champs-Élysées, ainsi que celles de Churchill, devant le Petit Palais, et de Thomas Jefferson, devant le musée d’Orsay. Celui que l’on pourrait considérer comme le deuxième prix, le prix Jean Asselbergs, d’un montant de 7 000 €, a été décerné à Hélène Damville, pour ses gravures fantastiques étudiant les aspérités du bois et l’étrangeté des racines végétales. Quant au prix Alain Brugnon, de 3 000 €, il consacre les tableaux naturalistes de la jeune artiste Noélie Raix, illustrant des portraits de famille intimistes. Signalons également les gravures poétiques du Japonais Jumpei Mikami, lauréat du prix Kiyoshi Hasegawa, celles d’Yvonne Alexieff, lauréate du prix Taylor, ou encore les bronzes de Julia Levitina, qui a reçu le prix de la Fonderie d’Art de la Plaine. Les œuvres des lauréats sont exposées à la Fondation que jusqu’au 3 juin, mais vous pourrez toujours y admirer, sous la verrière du vaste atelier, la vertigineuse toile d’Albert Maignan illustrant Les Voix du tocsin, dépôt du musée de Picardie jusqu’en 2019.
Une fondation libre et engagée
Reconnue d’utilité publique en 1881, la longévité de la fondation, créée par le baron Taylor en décembre 1844, est donc à souligner. Précurseur du mouvement mutualiste, ce dramaturge, grand voyageur et romantique convaincu, inspecteur général des Beaux-Arts, est aussi l’un des fondateurs de la Société des gens de lettres. On lui doit le transport de l’obélisque jusqu’à la place de la Concorde, et la constitution des collections de la fameuse «Galerie espagnole» de Louis-Philippe, au Louvre. Dans les années 1840, il crée plusieurs associations de secours mutuel, à destination des dramaturges, musiciens, inventeurs et artistes. La future Fondation Taylor est l’une d’elles. Dans son introduction au Salon de 1840, le baron défend sa vision : «Que savez-vous si le germe de talent que vous écrasez aujourd’hui ne contenait pas pour demain un autre Michel-Ange ? Ne repoussons ni les débuts timides, ni les tentatives hardies… Mieux vaut encore cultiver un talent infertile que d’anéantir un talent fécond.» Une illustre paternité, donc, pour cette association qui refuse toute subvention publique : «liberté de pensée, d’action et de jugement», sont ses maîtres-mots. Cette indépendance leur permet par ailleurs de mettre plus rapidement sur pied des projets d’expositions. Concrètement, des donateurs offrent ou lèguent des biens ou des fonds, permettant de libérer chaque année les sommes offertes en guise de prix aux différents lauréats. La fondation est dirigée par un Comité composé de trente-cinq membres bénévoles, qu’ils soient artistes  peintres, sculpteurs, architectes et graveurs  ou historiens de l’art. Il se divise en cinq commissions chargées de mener à bien les missions suivantes : aider les artistes en difficulté, organiser des expositions, publier des ouvrages, et remettre des prix comme ceux qui viennent de récompenser les derniers lauréats.

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