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Surpris ? Il ne fallait pas, les résultats se justifiaient

Le 29 novembre 2018, par Anne Doridou-Heim

De fait, il a percé et était même fulgurant ! Le rayon de soleil automnal de la peinture de Camille Pissarro (1830-1903), présentée en couverture et page 6 de la Gazette n° 39 du 9 novembre, a frappé à 1 811 920 €, réalisant la première enchère millionnaire de la semaine. Lors de l’exposition du musée du Luxembourg, mentionnée…

Surpris ? Il ne fallait pas, les résultats se justifiaient
Camille Pissarro (1830-1903), Dans le pré en automne à Éragny, 1901, huile sur toile, 65 x 80 cm.
Adjugé : 1 811 920 €

De fait, il a percé et était même fulgurant ! Le rayon de soleil automnal de la peinture de Camille Pissarro (1830-1903), présentée en couverture et page 6 de la Gazette n° 39 du 9 novembre, a frappé à 1 811 920 €, réalisant la première enchère millionnaire de la semaine. Lors de l’exposition du musée du Luxembourg, mentionnée dans le même article, les commissaires regrettaient que les Pissarro d’Éragny ne soient pas davantage reconnus et justifiaient l’organisation de la manifestation. L’erreur est doublement réparée, et la mise en vente de cette huile, intitulée Dans le pré en automne à Éragny, exécutée en 1901 par un maître vieillissant mais toujours au firmament, y prend toute sa part. Après un tel coup d’éclat, Joseph Ducreux (1735-1802) avait beau réclamer Le Silence, il n’était heureusement pas écouté, et les enchères reprenaient de plus belle pour récompenser la collection d’un homme d’affaires français, composée chez les grands marchands parisiens dans les années 1970-1980 et dispersée dans le cadre de la succession de sa veuve (voir Gazette n° 40, page 69)… ainsi que des œuvres d’autres provenances. Il ne restait plus au peintre nancéien du XVIIIe siècle, qui aimait tant interroger son visage et fixer ses émotions, qu’à laisser éclater sa Surprise (reproduite page de gauche). Ces deux huiles accrochées en pendant recevaient 153 120 €, le plus haut prix atteint par l’artiste sur le marché (source : Artnet). Sa maîtrise de l’art du portrait était en tout point remarquable, sa formation auprès du grand Maurice Quentin de La Tour y étant évidemment pour quelque chose. Néanmoins, par ses interrogations constantes sur la physionomie, il renouvela cet art en rompant avec la tradition et en l’ouvrant sur le XIXe siècle. Il paraît que l’homme avait un sacré caractère et était souvent en colère, on le lui pardonne…
 

Joseph Ducreux (1735-1802), Le Silence et La Surprise (reproduite), deux huiles sur toile en pendant, 66,5 x 52,5 cm. Adjugé : 153 120 €
Joseph Ducreux (1735-1802), Le Silence et La Surprise (reproduite), deux huiles sur toile en pendant, 66,5 x 52,5 cm.
Adjugé : 153 120 €

Dans les forêts lointaines
Deux tableaux de Jan Bruegel le Jeune (1601-1678) invitaient à revisiter le travail d’un autre peintre essentiel, celui-là du XVIIe siècle. À la suite de son père, Jan Bruegel l’Ancien, dit Bruegel de Velours (1568-1625), il développe un type de représentation spatiale empreint de profondeur. Cela s’exprime sur ces Voyageurs sur une route de forêt (voir détail page 201) peints sur cuivre en 1607, grandement inspirés d’une composition paternelle, La Route forestière de 1605, conservée à la Alte Pinakothek de Munich. Si la construction des deux tableaux est identique, le second diffère par les attitudes des personnages. Il recevait 229 680 €, alors que l’Allégorie des quatre éléments (voir Gazette no 40, page 69) déployait ses charmes flamands à 140 360 €. Ces deux œuvres ont été acquises dans les années 1980, une période de forte demande pour ce type de représentation, et sont donc typiques du goût d’une époque. Souvenez-vous, les œuvres des maîtres du Nord du XVIIe siècle et leurs ciels toujours bleus abondaient sur les cimaises des grandes foires internationales… Poursuivons dans le volet pictural de loin le plus riche avec une scène champêtre à nouveau, de nature toute différente a priori puisque peinte par un Français élève de Joseph-Marie Vien , Philibert Louis Debucourt (1755-1832). Elle figurait une Fête dans la forêt (69 x 85,5 cm) et se tenait à 47 212 €, décrochant le deuxième prix pour l’artiste (source : Artnet). Peintre de genre, Debucourt a traversé plusieurs régimes politiques en excellant à chaque fois dans la réalisation de peintures de genre, sises à la campagne ou traduisant des moments de vie urbaine. Son point fort ? Le dynamisme et la gaieté de ses personnages, qui ne sont d’ailleurs pas sans rappeler ceux de l’école flamande… Rien à voir cette fois avec l’huile sur toile de Maurice de Vlaminck (1876-1958), La Ferme enneigée (60 x 73 cm) : une œuvre ne se rattachant à rien d’autre qu’à son auteur, et que le vent balayait à 68 904 €.

 

François Antoine Mondon (1694-1770), époque Louis XVI, commode de forme droite à ressaut en bois de placage marqueté de quartefeuilles dans des réserv
François Antoine Mondon (1694-1770), époque Louis XVI, commode de forme droite à ressaut en bois de placage marqueté de quartefeuilles dans des réserves octogonales, à cinq tiroirs sur trois rangs, ornementation de bronze ciselé doré, dessus de marbre brèche d’Alep, estampille de l’ébéniste, marque au feu du double «G» couronné du château des Tuileries, 90 x 147 x 66 cm.
Adjugé : 90 596 €

Signatures de maîtres
Le mobilier du XVIIIe prenait le relais, témoignant du talent des grandes signatures de ce siècle. 76 560 € récompensaient la commode galbée, et ornée de bronzes ciselés et dorés, de Charles Cressent (1685-1768). Si celui-ci fut reçu maître vers 1720, ce modèle a été exécuté vers 1740-1750 (voir Gazette no 40 page 68). Il traduit la simplicité de la marqueterie des croisillons , support chez son auteur à une belle ornementation de bronze doré, parfaitement orchestrée et développant un riche vocabulaire : palmes croisées, volutes, cartouches, coquilles, fleurs… Même constat pour le meuble de Francis Antoine Mondon (1694-1770), reçu maître en 1757, dans un style tout différent cependant, puisque cette commode (90 596 €, reproduite ci-dessus) exprime le plus pur style Louis XVI. Elle a d’ailleurs été réalisée pour participer dès 1784 à l’aménagement au palais des Tuileries d’un petit appartement, à la demande de Marie-Antoinette, comme la marque au double «G» couronné en atteste. La reine souhaitait bénéficier d’un lieu à elle dans la capitale pour passer quelques nuits loin de Versailles. Jean-Henri Riesener (1767-1828) sera naturellement mis à contribution, mais pas pour le secrétaire droit en bois de placage (voir Gazette no 40 page 68). Après examen plus attentif, il ne lui était en effet plus donné, étant simplement présenté comme «portant une estampille de» lui… ce qui explique son résultat de 28 072 €. Fin de ce parcours avec les 91 872 € d’un tapis au point noué dit «de la Savonnerie» du début du XIXe siècle (reproduit ci-contre). La manufacture ayant œuvré à son exécution n’est pas clairement identifiée. On hésite en effet entre Aubusson ou Axminster, un atelier anglais qui, à la fin du XVIIIe siècle, réalisait des tapis au point noué à motifs rayonnants d’après les dessins de l’architecte et décorateur écossais Robert Adam (1728-1792). À voir son prix de 91 872 €, l’acquéreur doit avoir sa petite idée…

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