Sur Internet, la FIAC tire son épingle du jeu

Le 18 mars 2021, par Alexandre Crochet

Sans la fièvre de la foire physique, la FIAC Online Viewing Rooms a déclenché ou facilité nombre de transactions, poussant les collectionneurs…à se rendre dans les galeries !

Nina Childress, Bad Genoux serrés, 2020, acrylique phosphorescente et huile sur toile (détail). Galerie Bernard Jordan.

Les avis ont été unanimes, saluant la fluidité de la plateforme en ligne lancée ce mois de mars par la FIAC et la qualité des œuvres. «J’en connais qui ont passé plus de quatre heures sur la FIAC OVR pour voir toutes les galeries, sans se lasser ! Pas sûr qu’ils l’auraient fait sur les précédentes plateformes, plus ennuyeuses», confie Mathieu Paris, directeur de la galerie White Cube à Paris. Et de tirer son chapeau à un «produit très bien ficelé par ArtLogic après les balbutiements des concurrents, mais aussi au timing choisi par la directrice Jennifer Flay, après deux mois sans foires ni physiques ni virtuelles». Ainsi, les collectionneurs ont retrouvé de l’appétit, oubliant un instant leur fatigue du tout-numérique. D’aucuns ont aussi apprécié la sélection d’œuvres par des curateurs et conservateurs… prescripteurs ! Bernard Blistène, directeur du musée national d’Art moderne - Centre Pompidou, a ainsi choisi, entre autres, une œuvre de Cécile Bart (Gilles Drouault galerie/multiples), d’affolantes bottes rouges de Nina Childress (Bernard Jordan) ou une scène sylvestre de Pierre Seinturier (Georges-Philippe et Nathalie Vallois). Quant à sa consœur du Palais de Tokyo, Emma Lavigne, elle a opté pour une pièce des frères Haerizadeh (In Situ - Fabienne Leclerc), une autre de Mimosa Echard (Chantal Crousel)… La variété des prix était bien là, avec trente-cinq œuvres à plus de 500 000 €, et maintes autres à moins de 50 000 €. Seul bémol : une telle plateforme ne peut rendre compte de l’éventail créatif ni des pratiques ni des médiums. Les exposants avaient en effet presque tous sélectionné leurs œuvres les plus sexys sur un écran, «belles, colorées, séduisantes», admet Nathalie Obadia. Il reste aussi difficile d’apprécier l’affluence et l’ambiance, acheteuse ou pas, contrairement aux versions «en vrai»… La FIAC n’a pas communiqué de chiffres de trafic. Toutefois, selon Fabienne Leclerc, «une foire en ligne, ce n’est pas le même enthousiasme que sur de véritables stands. Les gens prennent leur temps, n’ont pas un avion qui les attend le lendemain». Son confrère Mathieu Paris, lui, assure au contraire n'avoir jamais eu autant de demandes quotidiennes sur un événement virtuel. «Nous avons eu des contacts du Liban, d’Israël, de Chine et du Royaume-Uni, en plus de l’Europe. La FIAC confirme son statut international, et ses représentants auprès des VIP étrangers ont été très actifs», confie-t-il. L’enseigne a notamment cédé une peinture historique de Kenneth Noland à 250 000 $, des œuvres de Tracey Emin, une pièce de Theaster Gates à plus de 300 000 $… David Zwirner a vendu cinq œuvres sur papier de Luc Tuymans entre 75 000 et 150 000 $. Des collectionneurs australiens ont acquis auprès de la galerie Tornabuoni un Pistoletto dont elle demandait la bagatelle de 640 000 €. Kamel Mennour assure «avoir fait une vingtaine de ventes via les previews et l’OVR» de la FIAC. Toutefois, Emmanuel Perrotin déclare avec une grande franchise : «Il serait erroné de dire que ces éditions online, celle de la FIAC comprise, génèrent des affaires mirobolantes. Ces plateformes ont une influence sur la durée.» Ainsi, la FIAC Online apparaît comme un maillon décisif d’un dispositif recréant un momentum propice aux achats, où le travail au corps opéré par les galeries en amont reste crucial. La FIAC OVR aura eu en tout cas un effet inattendu : pousser les collectionneurs à venir découvrir de visu, en galerie, les accrochages spécial FIAC. Et susciter – selon un constat général – un intérêt pour d’autres œuvres. «FIAC OVR nous aura permis de vendre dans notre galerie un tableau de Staël, qui n’était pas proposé en ligne !», confie Franck Prazan. Un modèle numérique fait pour durer, en complément de la foire physique…

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