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Superbarocco à Rome

Publié le , par Ezra Nahmad

En 1622, Rubens publiait à Anvers un ensemble de gravures dédié aux palais de Gênes. La splendeur de la ville n’avait pas échappé à l’artiste voyageur raffiné et diplomate. Ville de banquiers et de commerçants, la principauté de Gênes n’était ni grande ni trop puissante, mais sa situation géographique la plaçait au centre...

Giovanni Benedetto Castiglione, dit il Grechetto (1609-1664), Sacrifice à Pan, vers... Superbarocco à Rome
Giovanni Benedetto Castiglione, dit il Grechetto (1609-1664), Sacrifice à Pan, vers 1640, huile sur toile, 218 316 cm, collection privée.
© Foto : Luigino Visconti

En 1622, Rubens publiait à Anvers un ensemble de gravures dédié aux palais de Gênes. La splendeur de la ville n’avait pas échappé à l’artiste voyageur raffiné et diplomate. Ville de banquiers et de commerçants, la principauté de Gênes n’était ni grande ni trop puissante, mais sa situation géographique la plaçait au centre des rivalités entre l’Empire germanique des Habsbourg et la France, et les grandes familles de la ville, comme les Doria, Balbi ou Pallavicini, avaient parfaitement tiré parti de cette place délicate mais si commode lorsqu’il s’agissait de prêter de l’argent, des armes ou des vaisseaux. « Superbarocco » restitue sans esbroufe cette magnificence, nourrie par trois dynamiques : l’émulation entre les familles, l’absence d’un pouvoir central fort et la volonté de s’affirmer face aux États plus puissants. Avec Rubens, Gênes attira aussi Van Dyck –la ville hébergeait la deuxième plus importante colonie d’artistes flamands, après Rome. Elle accueillit aussi Simon Vouet, Pierre Puget et de nombreux artistes italiens comme Giulio Cesare Procaccini ou Orazio Gentileschi. Outre les tableaux, les sculptures, les dessins, notamment d’architecture, l’exposition présente des vaisselles en or et en argent, des tables en marbre d’une rare sophistication. Il y a dans le baroque génois des réminiscences espagnoles, mais dépourvues des pesanteurs religieuses, ainsi qu’une égale distance des formules romaines, tant et si bien qu’il distille une fraîcheur véhémente. La géographie de la ville, montagneuse et découpée, a produit des palais plutôt ramassés, avec des trompe-l’œil hardis, un usage récurrent des glaces et de l’or, pour dilater l’espace. Leurs profusion et surenchère inouïes sont aux antipodes de notre goût contemporain, nous introduisant dans un univers débridé et optimiste. La belle série de Magnasco prolonge l’effet de vertige merveilleux jusque dans la clôture de l’accrochage.

Scuderie del Quirinale,
16, via XXIV Maggio, Rome, tél. 
: +39 02 9289 7722,
Jusqu’au 3 juillet 2022.
www.scuderiequirinale.it/
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