Stéphane Corréard joue la carte contemporaine

Le 08 juillet 2016, par Agathe Albi-Gervy

Dans un paysage de l’art vivant a priori saturé par les foires, ce trublion crée un nouveau salon au carreau du temple dont le but est de revenir aux fondamentaux du métier de galeriste. À découvrir en décembre.

  
© Fabrice Gousset

Stéphane Corréard est un homme-orchestre. Il a endossé suffisamment de rôles pour poser une analyse fine et juste du monde de l’art contemporain : critique, commissaire d’exposition, galeriste, directeur de département chez Cornette de Saint Cyr. Par ailleurs, il était directeur artistique du Salon de Montrouge jusqu’en 2015, demeure un collectionneur invétéré, rapporteur pour la villa Médicis et membre du comité de sélection du prix Marcel-Duchamp. Cet homme pressé s’est pourtant lancé un nouveau défi : la création d’un salon dédié à l’art contemporain, «Galeristes», qui a pour ambition de remettre ce métier au centre de l’échiquier.
En décembre prochain se tiendra la première édition de Galeristes. Comment est né ce projet ?
J’y pensais depuis un bon moment. Étant collectionneur depuis près de trente-cinq ans, et ancien galeriste, je connais bien ces deux milieux. Mais, ce qui m’a décidé, c’est la situation que connaît le monde de l’art. Depuis que j’ai fermé ma galerie en 2000, une véritable industrie s’est développée avec des entités économiques d’un poids considérable, certaines galeries ayant multiplié les succursales à travers le monde. Cette inflation était inéluctable, mais nous n’avons pas pris la mesure des bouleversements qu’elle induisait et de la nécessité de préserver la part artisanale de ce métier, qui ne cesse de perdre de son importance.

 

Le Carreau du Temple abritera le nouveau salon d’art contemporain. Galeristes.
Le Carreau du Temple
abritera le nouveau salon d’art contemporain. Galeristes.
© Fernando Javier Urquijo

Vous souhaitez donc, avec Galeristes, mettre en avant une vision plus artisanale et fondamentale de l’art ?
De nombreux amis galeristes ont observé que le déclin de leur activité était dû à un paradoxe : les foires ont pris une importance capitale dans leur travail et, de fait, les amateurs ne fréquentent plus les galeries. J’ai donc voulu revenir aux fondamentaux du métier. La foire s’appelle «Galeristes» pour affirmer ce rôle central. Je pense que la base du système doit être occupée par le duo formé par l’artiste et son galeriste, une personne qui, par sa seule conviction uniquement, s’engage à porter son artiste. J’ai voulu également faire de la pédagogie, expliquer la différence entre un galeriste et un marchand, pour répondre à l’attente de nombreux collectionneurs perdus dans les foires, qui mélangent allègrement les enseignes du premier et du second marché. Mon idée est au contraire d’annoncer explicitement que seront exposés des galeristes que l’on peut recommander à ses amis.
Qui va choisir les participants et comment les sélectionner ?
Des usagers, donc principalement des collectionneurs. Le comité de sélection a ainsi commencé par s’interroger sur la définition du galeriste. Les critères mis en évidence sont liés à l’humain, un bon galeriste est un passeur entre son artiste, le public et le collectionneur. C’est donc quelqu’un qui connaît bien ces différents acteurs, les traite bien et leur est fidèle. Or, un galeriste ne peut pas s’occuper de soixante ou cent artistes. Autre critère souvent absent dans les autres sélections, un bon professionnel paie ses artistes. On ne demande pas aux exposants de projet, car ils ont fait leurs preuves et nous leur accordons toute notre confiance. Nous avons par ailleurs mis en place un comité de rapporteurs, composé d’une dizaine de jeunes critiques d’art très présents sur Internet et ses réseaux sociaux. Chacun de ces diffuseurs de coups de cœur choisira trois ou quatre galeries qu’il a envie de suivre. Dans un premier temps, il devra les présenter sur le site Web des galeries et, pendant la foire, ils animeront des visites guidées.
Les visiteurs viendront ainsi voir des galeristes autant que des œuvres…
De la même manière que les amateurs venaient au Salon de Montrouge visiter des ateliers d’artistes, ils viendront à Galeristes pour voir qui sont ces individus qui proposent une vision de l’art particulière, un programme différent de celui du voisin, un engagement fort. À Paris, les collectionneurs sont aujourd’hui perdus devant l’offre de près de quatre cents galeries, et ne font le tour que de celles qu’ils connaissent. L’idée est donc de provoquer de vraies rencontres. L’été dernier, lorsque j’organisais l’exposition des dix ans de la galerie Christian Berst, j’ai exposé les œuvres dans son bureau. Les visiteurs ont ainsi pu voir les livres qu’il lisait, les objets dont il s’entourait, et le succès fut total. C’est la preuve que le public veut connaître ces hommes et femmes, pourtant de plus en plus retranchés derrière des portes. Ils vivent alors avec un petit cercle de collectionneurs fidèles, que le salon veut leur permettre d’agrandir.

 

La scénographie des espaces a été confiée à Dominique Perrault.
La scénographie des espaces a été confiée à Dominique Perrault.© Mehdi Mendas

Quels publics attendez-vous ?
Le premier jour est réservé au premier cercle des collectionneurs des différents galeristes. Le deuxième est ouvert aux professionnels et les deux derniers jours, le salon sera accessible à tous. À l’auditorium du Carreau du Temple seront organisées de multiples conférences mettant l’accent sur la pédagogie et le partage. Un espace sera par ailleurs dédié aux œuvres à moins de 1 000 €, afin de provoquer de nouvelles vocations de collectionneurs.
La scénographie va-t-elle favoriser ces rencontres ?
Tout à fait. Celle-ci a été confiée à Dominique Perrault qui a tout de suite adhéré au projet et l’a même poussé encore plus loin, nous conduisant à l’assumer pleinement. Pour donner envie aux visiteurs de retourner dans les galeries, qu’ils pensent à tort avoir vues en visitant leurs stands dans les foires, Dominique Perrault a imaginé des espaces où transparaît la personnalité du galeriste, quelque part entre le bureau, la réserve visitable et le mur d’atelier «à la André Breton». Les murs en métal pourront recevoir des rayonnages industriels, des œuvres, des étagères, des racks à tableaux ou des tiroirs… Le visiteur deviendra acteur.
À ce propos, que pensez-vous de la nouvelle manière de présenter les œuvres initiée par votre successeur au Salon de Montrouge, Ami Barak, qui les a regroupées par thèmes ?
Changer est une bonne chose. Pour moi son choix est tout à fait cohérent, même si j’ai fait il y a huit ans le pari que la forme du salon n’était pas périmée, quand les expositions collectives s’étaient généralisées. Parmi les candidatures retenues, tous les médiums et tous les parcours des jeunes artistes devaient être représentés. Cette année, il n’y avait que des diplômés d’écoles d’art, c’est donc un recadrage vers ce que l’on connaît bien des pratiques de l’art contemporain. Le travail effectué pendant sept ans répondait au besoin de nombreux artistes d’horizons divers qui cherchaient de nouveaux moyens pour émerger.
Vous lancez une foire dans un contexte où les ventes des galeries affichent une baisse de 20 % par rapport à 2008…
Il est vrai que la période est compliquée. Mais j’aimerais que Galeristes représente une voie d’espoir pour les professionnels à même de mobiliser des collectionneurs qu’ils ne connaissent pas. Parallèlement au comité de sélection, présidé par Michel Poitevin et formé de personnalités reconnues et engagées, j’ai créé un comité stratégique de chefs d’entreprise tels que Pierre-Alexis Dumas et Antoine Frérot, prêts à rejoindre cette démarche et désireux de rencontrer des galeristes capables de répondre à leur besoin de confiance. Si Galeristes devient un label pour de bonnes galeries à taille humaine, comme la FIAC l’est pour les grandes enseignes internationales, et si l’on permet de distinguer les professionnels compétents et indépendants, une bonne partie du problème sera déjà résolu.

À savoir
Galeristes Le salon des galeries et des collectionneurs engagés.
Carreau du Temple 4, rue Eugène-Spuller, 75003 Paris.
Du 8 au 11 décembre 2016.
www.galeristes.fr
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