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Steinlen, témoin amusé d’une nouveauté de son temps, la motocyclette !

Le 21 octobre 2021, par Philippe Dufour

L’apparition des motocycles, commercialisés dès la fin des années 1890, semble avoir participé de la libération des femmes, comme l’affirme cette affiche audacieuse, l’un des chefs-d’œuvre de Stenlein.

Steinlen, témoin amusé d’une nouveauté de son temps, la motocyclette !
Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923), Motocycles Comiot. Paris, 87 bld Gouvion St Cyr, 1899, lithographie, imprimerie Charles Verneau, 196,5 140 cm (détail). 
Estimation : 10 000/12 000 

Avec toute la vitesse qu’autorise son motocycle flambant neuf, une jeune fille intrépide fonce sur une route de campagne, volant dans les plumes d’un troupeau d’oies… À l’horizon, un couple d’agriculteurs, en plein Angélus à la Millet, scrute la scène avec sidération. Il est vrai que la séquence est plutôt inédite en cette année 1899, date à laquelle son auteur, Théophile Alexandre Steinlen, l’a imaginée pour cette publicité. L’invention du motocycle lui-même n’est alors pas très ancienne : dans sa version dotée d’un moteur à explosion, on la doit à l’Allemand Gottlieb Daimler en 1885 ; mais un de ses ancêtres – à vapeur ! – avait déjà vu le jour en 1868, grâce à l’ingénieur parisien Perreaux. Quant à l’appellation définitive «Motocyclette», il s’agit d’un nom propre déposé en 1897 pour les modèles commercialisés par les frères Werner, de Levallois-Perret. Le concept de ces drôles de machines est simplissime : pour en augmenter la vitesse, on équipe une bicyclette d’un moteur, ce dernier étant fixé au cadre. En France, l’idée de départ va être améliorée par certains fabricants de petites reines, tel Comiot qui a, depuis 1894, pignon sur rue dans le 17e arrondissement, à Paris, au 87 du boulevard Gouvion-Saint-Cyr. Les jeunes filles, déjà férues de cyclisme et équipées de culottes bouffantes, ne vont pas tarder à s’emparer de ces petits bolides, nouveaux instruments d’émancipation. Certaines participent même, et pour la première fois, à des épreuves sportives comme la Coupe des motocycles à Saint-Germain-en-Laye, le 23 juin 1897.
Maître de la lithographie et de l’affiche
Si la maison Comiot fait appel au talent de Steinlen, ce n’est sans doute pas un hasard. Depuis 1890, l’illustrateur d’origine suisse – à ses débuts chroniqueur de la vie montmartroise, de ses plaisirs et de ses misères – s’est fait un nom dans le petit milieu de l’affiche publicitaire, alors magnifiée par Toulouse-Lautrec, Chéret ou Cappiello. Parmi les premières réussites visuelles de Steinlen, citons l’annonce du spectacle de la star du moment, Yvette Guilbert, croquée en 1894. De la même année date la composition au graphisme très étudié du Lait pur stérilisé de la Vingeanne, où trois chats convoitent le contenu d’un bol tenu par une fillette rousse à l’éclatante robe rouge, qui n’est autre que Colette, la fille du dessinateur et son modèle favori. Puis, en 1896, c’est l’iconique réclame pour la «Tournée du Chat-Noir», du chanteur Rodolphe Salis ; l’image de ce félin dressé et triomphant rappelle aussi la collaboration très fructueuse de Steinlen avec l’imprimeur Charles Verneau, à Paris, chez lequel l’affiche a été tirée. L’illustrateur y acquerra notamment plus de maîtrise dans l’art difficile de la lithographie de grand format, exécutée au crayon, pinceau et crachis au grattoir. Une qualité que l’on retrouve dans les Motocycles Comiot, sortant également des presses de Verneau, rue Oberkampf. Elle lui a valu également les honneurs d’une publication dans la fameuse série des «Maîtres de l’affiche», où notre publicité apparaît, pour l’année 1899, sous le numéro 190.

mercredi 27 octobre 2021 - 14:00 - Live
Espace Port de plaisance, 250, rue Alain-Colas - 29200 Brest
Thierry - Lannon & Associés
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