IMEC à Caen : Soustraction : Extraire, cadrer, zoomer

Le 10 décembre 2019, par Céline Piettre
Agenda de Roman Cieslewicz, 1972, archives Roman Cieslewicz/IMEC.
© Michaël Quemener 2019

Comme tout lieu dédié à la conservation des archives, le sous-sol de l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine ou IMEC (installé depuis 2004 dans une ancienne abbaye) abrite des kilomètres de linéaires, eux-mêmes chargés de milliers de boîtes aux calibres identiques. C’est dans ces sacro-saints « magasins », où la température est religieusement maintenue à 17 degrés, que Valérie Mréjen a prélevé la matière de son exposition. L’IMEC l’a invitée à piocher librement parmi les différents fonds (de poètes, dramaturges, éditeurs, etc.) collectés depuis sa création en 1988. L’écrivaine et artiste française semble avoir intentionnellement délaissé les poids lourds (manuscrits et correspondances illustres, de Céline ou de Genet par exemple) pour n’en retirer que l’écume. Cartes postales de vacances, réunies en courtes vidéos, cartes de visite simplement épinglées (où brillent les noms de Toulouse-Lautrec et André Breton), recettes de cuisine de Marguerite Duras, agendas (celui du graphiste polonais Roman Cieslewicz, méticuleusement raturé, est une œuvre en soi), albums de famille et même la carte Orange du philosophe Jacques Derrida, forment sur les cimaises une sorte d’inventaire à la Pérec  Valérie Mréjen, amoureuse des petits riens du quotidien, admire depuis toujours le travail de l’auteur des Choses. Des «choses» sans valeur littéraire mais qui, cohabitant dans un seul espace, recomposent des narrations endormies, des microfictions à la limite du rêve. On peut se contenter ainsi d’une promenade dans l’anonymat d’archives sorties de leur contexte (et qui, intimes, nous rappellent les nôtres) ou se livrer tant bien que mal à un exercice de reconnaissance, identifiant l’écolier Roland Barthes sur une photo de classe ou l’écrivain Max-Pol Fouchet et sa fiancée Simone Hié dans quatre clichés dévorés d’ombre, réalisés (prémonitoires ?) peu avant qu’elle ne le quitte pour Albert Camus. Plus loin, une série de photos-fantômes évoque le souvenir du plasticien Édouard Levé, qui mit fin à ses jours en 2007. Une dérive poétique à travers la mémoire, qui revivifie la notion même d’archives.

IMEC, abbaye d’Ardenne,
Saint-Germain- la-Blanche-Herbe, Caen, tél. : 02 31 29 37 37.
Jusqu’au 16 février 2020.
www.imec-archives.com
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