Sous le charme d’Apollon

Le 04 mars 2020, par Caroline Legrand

Le dieu de la médecine et des arts se cache sous les traits de ce visage, sculpté à l’époque romaine dans le marbre. Sa beauté a déjà conquis plusieurs collectionneurs, parmi lesquels Nicos Dhikeos. À qui le tour ?

Époque romaine, IIe-IIIe siècle. Tête d’Apollon en marbre, h. 43 cm.
Estimation : 10 000/15 000 

Visage androgyne aux lignes harmonieuses et d’une impeccable symétrie : malgré les outrages du temps, cette tête évoque la perfection. Tout comme la coiffure d’un haut degré de raffinement, avec ses cheveux arrangés au sommet du crâne afin de ne pas déranger la vue par quelque mèche rebelle. Certaines Artémis chassant ou Aphrodite sortant du bain arborent ce même chignon, plutôt pratique dans leurs activités physiques. Ici, pas de doute : c’est bien le dieu Apollon qui est représenté dans ce marbre du IIe-IIIe siècle. Avant même la conquête de la Grèce, au IIe siècle av. J.-C., les Romains étaient les tout premiers admirateurs, puis collectionneurs, de ses sculptures. Ils les faisaient venir en nombre dans leur pays et, quand cela n’était pas possible, en commandaient des copies aux meilleurs artistes de leur temps, perpétuant ainsi cet art grec qui allait être durant des siècles le marqueur des canons esthétiques. Depuis, les statues originales ont pour la plus grande part disparu, et les copies romaines demeurent les seuls témoins de cette sculpture hellénique… Cette tête d’Apollon est ainsi à rapprocher, par sa coiffure caractéristique, du célèbre Apollon du Belvédère, un marbre réalisé au IIe siècle, aujourd’hui conservé au musée Pio-Clementino du Vatican, qui s’inspire d’un bronze attribué au sculpteur d’origine athénienne du IVe siècle av. J.-C., Léocharès. Auteur également de la Diane chasseresse dont une copie est conservée au Louvre, sous le nom de Diane de Versailles, il a participé à partir de 360 av. J.-C. à un renouveau de la sculpture grecque, dans la continuité du classicisme, mais avec l’introduction de rythmes, formes et moyens d’expression novateurs.
Lumière et harmonie
Si cette tête présente nombre de similitudes stylistiques avec l’Apollon du Belvédère – même si en l’absence du corps, il est difficile d’avoir des certitudes –, elle dévoile cependant également quelques caractéristiques typiquement romaines et dues à son sculpteur. Le prouve l’utilisation du trépan dans la chevelure, qui n’apparaît qu’à partir du règne de l’empereur Hadrien. Dieu protecteur, fils de Zeus et de Létô, Apollon règne sur la médecine, mais aussi, les arts, incluant la musique et la poésie. Ses bienfaits sont tels qu’il apporte la lumière et l’harmonie aux hommes. Le grand marchand et collectionneur Nicos Dhikeos (1896-1987) était ainsi tombé sous le charme de cet Apollon, qui a fait partie de sa collection privée. Ce Chypriote, installé en France dès 1916, était le propriétaire de la galerie de peinture ancienne Saint-François, à Lyon, mais aussi consul de la République de Chypre, de 1963 à sa mort. À partir de 1930, il réunit avec son épouse un imposant ensemble de dessins anciens, dont certaines feuilles ornent désormais les murs du Getty Museum à Los Angeles, du British Museum à Londres ou du musée du Louvre, à Paris. Mais les marbres antiques avaient su trouver toute leur place au cœur de cette riche collection.

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