Sous la protection de Pahlik Mana, esprit kachina

Le 25 juin 2020, par Sophie Reyssat

Déployant ses arguments symboliques, cette kachina représentant une jeune fille papillon invoque la pluie pour les Indiens hopis depuis près de cent trente ans.

Hopi, Arizona, kachina « Pahlik Mana » ou « Shalako Mana » (jeune fille papillon) des années 1890, bois sculpté (racine de cottonwood) et pigments naturels, h. 33 cm.
Estimation : 15 000/18 000 

Il existe quelque quatre cent cinquante esprits kachinas dans le panthéon des Indiens hopis. Les couleurs et les symboles des poupées qui les représentent permettent de les identifier, et leurs combinaisons multiples créent un véritable langage symbolique auquel correspondent des actions spécifiques. Un point commun rassemble cependant cette large communauté : intercéder pour la pluie, bienfait suprême dans cette région aride des plateaux du nord-est de l’Arizona, et ciment d’une culture dont l’économie repose essentiellement sur l’agriculture du maïs, des courges et des haricots, et l’élevage des moutons. Le calendrier hopi, décidé dans le secret par ceux qui détiennent le savoir, dicte les fêtes et les danses. Si certaines sont incontournables, comme la danse du serpent qui apporte la pluie, d’autres sont spécialement dictées par les besoins du moment. Des symboles peuvent ainsi être rapportés sur les poupées, afin d’orienter ou de préciser leur efficacité. Très appréciée des Hopis, cette effigie de jeune fille papillon porte sur sa tête les « escaliers du ciel », une représentation stylisée des nuages, et de la pluie qui s’en échappe pour se répandre sur la terre. Sur son masque, le dessin de la bouche et du menton évoque un arc-en-ciel, heureuse image du mariage de l’eau et du soleil, propice à fertiliser la terre nourricière. Au dos de la poupée, les flots d’une chevelure noire lancent la même incantation, invitant de fortes pluies à irriguer le désert. Le papillon pourra alors faire son œuvre en pollinisant une nature revivifiée et des champs prometteurs de belles récoltes. À ce titre, l’effigie de la jeune fille papillon a sa place dans la kiva, une salle réservée aux réunions et aux pratiques cérémonielles. Dans la confidentialité de ce lieu semi-enterré, l’esprit qu’elle incarne, celui de Pahlik Mana, peut se manifester pour moudre le maïs. Cette nourriture sacrée sera ensuite offerte lors des danses prolongeant les rites du mois de février, sur la place centrale du village. Cette poupée aux vertus propitiatoires, offerte à un enfant en souvenir du rituel, conserve les marques de son usage. Elle est typique des œuvres anciennes caractérisées par le dynamisme de leur posture, le buste légèrement penché en avant au-dessus des genoux fléchis. Au-delà de 1900, les statuettes perdent en effet leurs courbes et se redressent, tandis que leurs bras, ici simplement peints, s’écartent de leur corps. Gardienne des croyances et passeuse de mémoire, cette statuette est d’autant plus séduisante qu’elle appartient au corpus, plus rare, des kachinas féminines.

jeudi 23 juillet 2020 - 14:00 - Live
Salle 4 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Binoche et Giquello
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne