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Simon Kidston, l’amour des « belles mécaniques »

Publié le , par Carine Claude

L’automobile de prestige n’a aucun secret pour lui. Le Britannique Simon Kidston, figure charismatique du monde des voitures de collection, partage son temps entre Londres, Genève et Dubaï.

Simon Kidston, l’amour des « belles mécaniques »
Une voiture de légende : Simon Kidston et sa Mercedes 300 SL Gullwing de 1955 lors du concours d'élégance The Ice à St-Moritz en 2020. Courtesy Kidston SA

Certaines des plus belles voitures du monde passent par ses mains. En une trentaine d’années, Simon Kidston s’est taillé une réputation sans faille dans l’univers de l’automobile classique. Conseiller des plus grands collectionneurs de voitures anciennes, cet héritier d’une famille d’officiers britanniques qui avaient la passion automobile dans le sang déborde d’activités : transactions sur mesure pour acheteurs aux petits oignons, restauration et expertise, lancement du site d’enchères LastBid et de l’index K500… Autant de projets unis sous la bannière Kidston SA, sa société de conseil créée en 2006 à Genève et dont la succursale à Dubaï a ouvert il y a quatre ans. Avec une passion vibrante et un soupçon d’humour so british, il nous livre un regard aiguisé sur l’avenir de l’automobile de collection.
D’où vient cette passion pour les voitures classiques ?
J’appartiens à une famille où l’automobile était un hobby, mais personne n’en faisait commerce. Lorsque, enfant, votre père vous parle de voitures de course et que vous lisez ses magazines, ça finit par piquer votre curiosité. Après que j'ai quitté l’école, on m’a donné une petite somme pour que je m’offre ma première voiture. Je n’avais aucune intention d’acheter une classique, et mon père avait plutôt en tête une Renault 5 d’occasion, mais en cherchant dans les journaux, j’ai vu qu’on pouvait choisir une vieille Aston Martin pour le même prix. En poussant mes recherches, je me suis rendu compte que quand on avait 17 ans, l’assurance de ladite Aston Martin coûtait trois fois le prix du véhicule ! L’histoire s’est donc arrêtée là. Mais la passion était née.
Comment a démarré votre carrière ?
J’ai beaucoup appris au sujet des automobiles en rêvant juste de toutes celles que j’aurais aimé acheter ou conduire. Quand j’ai quitté l’université, j’ai eu envie de travailler dans l’univers des voitures classiques. J’ai alors envoyé mon très court CV à des garages, à des maisons de ventes… sans succès, bien entendu. Jusqu’au jour où mon cousin, banquier à Londres, m’a appelé. Il avait repéré un showroom où une place venait de se libérer. Ils m’ont fait passer un test en me demandant d’identifier les véhicules exposés, et nous avons fini l’entretien au pub. C’était bon ! Je suis retourné en Italie où je vivais à l’époque, pour empaqueter quelques affaires dans mon Alfa Romeo Spider, et j’ai roulé de Sienne à Londres. L’essai de trois mois s’est transformé en une expérience de huit ans. Comme je parle également français et italien, j’ai développé un portefeuille de clientèle européen. J’ai alors cofondé la maison de ventes Brooks Europe à Genève, devenue ensuite Bonhams Europe, et que j’ai dirigée pendant dix ans, avant de lancer ma propre affaire en 2006.

 

Deux bolides à Dubaï : a Porsche 918 Spyder (à gauche) et la Porsche Carrera GT (à droite). Courtesy Kidston SA
Deux bolides à Dubaï : a Porsche 918 Spyder (à gauche) et la Porsche Carrera GT (à droite). Courtesy Kidston SA


À quoi ressemble votre collection ?
En fait, je n’ai jamais eu l’idée d'en bâtir une. Il y a juste des voitures que j’aime et auxquelles je suis attaché. Ma toute première était une Fiat 500, sur laquelle j’ai appris à conduire comme la plupart des gens en Italie. Puis la Spider, à 19 ans. Ma première véritable automobile ancienne fut une Alfa Romeo Giulietta de 1960, que j’ai achetée en 1992. Et ma première acquisition conséquente était une Lamborghini Miura SV en 1996. Deux ans plus tard, j’ai acheté une autre Miura SV que j’ai toujours aujourd’hui et qui est, je pense, ma voiture préférée. Les Miura sont une passion. J’ai publié en 2020 un livre à leur sujet. Je peux aussi citer la Porsche Carrera RS de 1973 que mon père avait achetée neuve et que j’ai gardée. Je me souviens de l'époque où il m’emmenait à l’école avec… Sa carrosserie est d’un jaune vif à reflets orangés.
Vous restaurez vous-même vos voitures ?
Je n’en suis pas capable, mais j’aime faire des recherches, découvrir leur histoire cachée. Il me plaît de reprendre celles qui ont été négligées ou mal restaurées, de les démonter puis les remonter de toutes pièces, comme neuves. Il y a quelque chose de fascinant et de gratifiant à reprendre une voiture dont le vrai visage a été masqué pendant des générations. Si vous avez l’aide de bons spécialistes, et je suis heureux de l’avoir, vous pouvez la remettre en état d’origine. Vous restaurez l’histoire à sa juste place, en quelque sorte.
Vous parlez de restauration de voitures comme on le ferait d’objets d’art… Vos collectionneurs sont-ils également des amateurs d'art ?
Je dirais plutôt des admirateurs de « belles mécaniques », certains aimant aussi les montres. Je pense qu’ils sont surtout fascinés par l’ingénierie et le design. Souvent, les collectionneurs sont motivés par quelque chose d’ancré dans l’enfance. Ils se souviennent de tout ce dont ils rêvaient quand ils étaient jeunes et qu’ils ne pouvaient pas s’offrir. Peut-être les ont-ils vues dans un magazine, peut-être ont-ils collé leur nez à la vitrine d’un showroom ? Ce sont là les graines d’une passion.
La place de la voiture dans la société a beaucoup évolué. Est-ce que l’histoire d’amour persiste ?
Je pense qu’il serait naïf de ne pas admettre que la société a changé sa perception de l’automobile, à l’heure où les préoccupations environnementales sont dominantes. En outre, la technologie a bousculé la manière dont on utilise la voiture. Pour la jeune génération, elle n’est plus un bien mais un service. Pour celles d’avant, acheter un véhicule signifiait la liberté. C’était une manière de créer du lien social, de voyager. Aujourd’hui, la socialisation se fait en ligne. Néanmoins, je crois que la voiture en tant qu’artefact culturel occupe une place unique dans l’histoire. Elle a fondamentalement modifié la façon dont notre société fonctionne.

 

Courtesy Kidston SA
Courtesy Kidston SA

Compte tenu de ces bouleversements, le goût des collectionneurs a-t-il évolué ?
Est-ce que dans un siècle, les collectionneurs auront la même vision de la voiture ? Je l'ignore. Mais il ne fait aucun doute que le goût change, au même titre que pour le vin, les montres ou l’art. Aujourd’hui, les gens collectionnent davantage les voitures récentes, comme l’art contemporain, qui fait parfois de l’ombre aux maîtres ancien… Une œuvre dont l’importance historique est indéniable, même si elle n’est pas à la mode, battra néanmoins toujours des records, à l’instar du Salvator Mundi. C’est pareil pour les voitures. Quand une grande Bugatti des années 1920 ou 1930 ressurgit pendant une vente, elle peut atteindre un prix qui éclipsera n’importe quelle automobile construite au cours des vingt ou trente dernières années. Tout ce qui est né exceptionnel restera exceptionnel. Mais le simple fait d’être ancien ne confère pas à lui seul la grandeur.
Quels critères retiennent vos collectionneurs lorsqu'ils achètent une voiture ?
Avant tout, l’esthétique. Comme pour la rencontre entre deux personnes, la première étincelle vient souvent de la fascination visuelle. Ensuite, le nom. Les marques qui existent encore aujourd’hui, comme Ferrari, Lamborghini, Rolls-Royce et Bentley, se vendent mieux que celles, même très intéressantes, qui ont disparu, par exemple Hispano-Suiza. Puis viennent la qualité de l’artisanat et la sophistication de la mécanique. Et bien entendu, l’histoire. Il y a quelques années, une voiture de Steve McQueen s’est vendue 10 M$, alors que la même sans le nom et la légende derrière serait partie pour un quart de ce prix. Pour les voitures de course, la victoire lors d’une compétition comme Le Mans augmentera considérablement la valeur. En revanche, l’aspect pratique n’est pas un grand critère : ce qui est assez ironique, car les ingénieurs faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour les rendre silencieuses. Et aujourd’hui, les collectionneurs espèrent surtout qu’elles fassent du bruit !

 

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