Siân Folley, le visage de la galerie Mayoral à Paris

Le 26 novembre 2020, par Stéphanie Pioda

La galerie barcelonaise Mayoral a rejoint la prestigieuse avenue Matignon il y a tout juste un an, avec à sa tête Siân Folley. Elle a pour mission de faire rayonner les artistes espagnols d’après-guerre en France.

Siân Folley
© Studio Cabrelli

La galerie Mayoral, qui existe depuis trente ans à Barcelone, a ouvert les portes de son espace parisien, il y a un an. Pourquoi ce choix ?
Les responsables de la galerie avaient déjà lancé quelques opérations pour élargir leur présence en Europe et tester certaines places grâce à des «pop-up». En 2016 par exemple, ils avaient recréé à Londres l’atelier majorquin de Miró dans le cadre du soixantième anniversaire de sa création en 1956. Cette exposition, organisée par Elvira Cámara, directrice de la fundación Pilar i Joan Miró, en collaboration avec Joan Punyet Miró, petit-fils de l’artiste, avait connu un grand succès. Lorsque j’ai rencontré les membres de la famille Mayoral en 2019, ils hésitaient encore entre Londres et Paris, mais ils ont finalement choisi cette dernière pour deux raisons. L’incertitude liée au Brexit d’abord, et, plus important, le fait que tous nos artistes, qui appartiennent à la génération de l’après-guerre, ont fui l’Espagne pour s’installer à Paris à partir du milieu des années 1950. C’est là qu’ils ont commencé une carrière internationale grâce aux galeries, Rodolphe Stadler ou Aimé Maeght, et aux collectionneurs qu’ils ont rencontrés.
Pourriez-vous présenter la galerie ?
La galerie a été fondée par Manuel Mayoral, en 1989 et depuis cinq ans environ, ses enfants ont pris le relais : Cristina s’occupe des éditions et des relations avec les experts, Jordi de l’aspect commercial et Eduard de la logistique et des finances. Le fonctionnement demeure très familial et pour toute acquisition, un comité comprenant M. Mayoral, sa femme, Maripepa, leurs trois enfants et moi-même se réunit pour discuter, justifier et faire apprécier l’œuvre en question à tout le monde.
Le choix de l’adresse, 36, avenue Matignon, est stratégique…
Pour une galerie d’art moderne, il y a deux options : rue de Seine ou avenue Matignon. Après avoir visité de nombreux espaces, nous nous sommes fixés sur celui de l’avenue Matignon, situé dans l’axe des maisons de ventes et de plusieurs galeries qui comptent.
Est-ce que vous aviez des objectifs financiers ?
Il est vrai que le loyer de cette petite galerie parisienne est beaucoup plus élevé que celui du grand espace de Barcelone, mais nos objectifs n’étaient pas que financiers, même si nous avons été raisonnablement surpris des résultats commerciaux jusqu’en mars. Depuis, la situation générale est plus complexe, bien évidemment. Il était essentiel d’instaurer une relation de confiance avec de nouveaux collectionneurs qui ne connaissaient pas Mayoral et de faire reconnaître nos artistes, qui sont, pour certains, moins renommés que les artistes français, allemands ou italiens de la même génération.

 

Antoni Tàpies, Ocre sobre gris-verd, 1959, technique mixte sur toile, 130 x 81,5 cm. @ COURTESY GALERIE MAYORAL
Antoni Tàpies, Ocre sobre gris-verd, 1959, technique mixte sur toile, 130 x 81,5 cm.
@ COURTESY GALERIE MAYORAL


Quels sont les artistes « signature » de la galerie ?
Il y en a cinq : de la première génération, avant-guerre, citons Juan Miró, qui est perçu à Barcelone comme un dieu au même titre que Lionel Messi, le joueur du FC Barcelone. Pour la deuxième génération, nous avons Eduardo Chillida, Antoni Tàpies, Manolo Millares et Antonio Saura.
Quelles sont les fourchettes de prix de leurs œuvres ?
Pour Miró, cela peut monter très haut, jusqu’au record de 20,2 M€ pour Le Corps de ma brune, en 2012, chez Christie’s à Londres. Chillida et Tàpies ont des marchés plus internationaux que Millares et Saura. Le record est de 6 M$ pour Chillida, avec une sculpture monumentale en acier, et de 2/3 M$ pour Tàpies. Lors de la vente One de Christie’s, le 10 juillet dernier, Cuadro 54, de Manolo Millares, a été adjugé à 1 091 250 £. Leur marché est actuellement en pleine évolution avec de beaux prix cette année dans un contexte difficile, ce qui est plutôt rassurant.
Vous faites à Paris un travail ciblé, plus orienté vers de nouveaux collectionneurs que vers le grand public.
Les deux sont importants : faire connaître nos artistes auprès du grand public, d’où notre participation à des événements tels Paris Gallery Weekend ou Un Dimanche à la Galerie, et identifier des collectionneurs qui auraient hérité de leurs parents des œuvres acquises directement dans l’atelier des artistes dans les années 1950 à 1970 et qui ne sont pas forcément conscients de leur valeur. Par ailleurs, nous continuons de répondre à des demandes précises de collectionneurs recherchant des œuvres qui se trouvaient par exemple dans les expositions historiques des années 1960 au Guggenheim Museum ou au MoMA de New York.
Représentez-vous les estate de certains de ces artistes en exclusivité ?
Nous sommes en discussion pour certains. Hauser & Wirth s’occupe de Chillida et fait un très gros travail. La réouverture du musée Chillida Leku à Hernani, au printemps 2019, a eu un effet notable sur son marché, alors qu’il paraissait avoir atteint son apogée en 2012-2013. Pour tous nos artistes, quel que soit le projet, nous avançons toujours en lien étroit avec les familles, les héritiers et les successions.

 

Eduardo Chillida, Oxido 12, 1978, terre chamottée et oxyde de cuivre. © ZABALAGA-LEKU
Eduardo Chillida, Oxido 12, 1978, terre chamottée et oxyde de cuivre.
© ZABALAGA-LEKU


Vous avez travaillé pendant presque dix ans chez Sotheby’s au département art impressionniste et moderne. Cette nouvelle activité en galerie est-elle complémentaire ?
J’ai aujourd’hui une vision globale du marché grâce à l’expérience acquise dans trois villes différentes Londres, New York et Paris. Cela correspond dans la pratique à trois mentalités et trois façons de travailler différentes, mais au regard du type d’œuvres que je recherche aujourd’hui, il n’est pas nécessaire de passer par les enchères. Il nous semble plus pertinent de nous concentrer sur une poignée de quatre ou cinq collectionneurs qui pourraient être intéressés. La question qui se pose est de savoir dans quel ordre proposer les œuvres !
Y a-t-il une différence de programmation entre les galeries de Barcelone et de Paris ?
La plupart de nos expositions débutent à Paris puis se poursuivent à Barcelone, mais certaines ne seront présentées qu’en Espagne, comme celles consacrées à Juana Francés, la seule femme du groupe El Paso, ou à José Guerrero. Après un premier cycle dédié aux artistes phares, nous envisageons bien sûr une exposition sur Miró mais il faudra trouver un angle bien particulier pour ajouter un chapitre à la connaissance de son œuvre. Pour l’instant, nous créons des ponts avec des artistes contemporains, uniquement dans le cadre de conférences qui permettent d’éclairer et de relire la période de l’histoire de l’art que représente la galerie.
Comment se comporte le marché à Barcelone en cette période compliquée ?
C’est comparable à ce qui se passe à Paris, avec la même problématique des voyageurs internationaux qui ne circulent plus. Le marché est actuellement plus local, mais l’intérêt pour des artistes comme Rivera, Francés et Guerrero reste soutenu, ce qui garantit un niveau d’activité. On sent que le secteur est en ébullition, prêt à bénéficier dans une seconde vague de la dynamique de Madrid, où s’installent de nombreux collectionneurs sud-américains, des fondations et des galeries internationales. C’est une des raisons pour lesquelles nous avions prévu d’être présents à l’Arco. C’est un moyen de fidéliser des clients que nous avons connus à Art Basel Miami et qui n’ont pas l’habitude de visiter les foires espagnoles. Nous travaillons sur le long terme avec nos collectionneurs, il est important que nous puissions les rassurer sur le fait que les œuvres vont, au minimum, garder leur valeur, même s’ils ne cherchent pas à spéculer. Ils savent que nous serions ravis de racheter un jour la plupart des pièces que nous leur avons vendues. Cela participe d’une relation de confiance, qui est fondamentale.

SIÂN FOLLEY
EN 5 DATES
1987
Naissance à Londres
2010
Entre au département art impressionniste et moderne chez Sotheby’s à Paris
2017
Tient le marteau pour sa première vente aux enchères en tant que commissaire-priseur
2018
Devient co-responsable de la vente du jour au département art impressionniste et moderne chez Sotheby’s à Londres
2019
Intègre l’équipe de la galerie Mayoral pour ouvrir la galerie parisienne
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