Shanghai, une semaine inédite

Le 21 novembre 2019, par Caroline Boudehen

Avec deux foires d’art contemporain parallèles, réunissant plus de deux cents galeries du monde entier, des événements satellites d’ampleur, et le lancement du Centre Pompidou, la mégalopole chinoise s’ancre sur la scène internationale.

Stand de la galerie Dumonteil lors de la West Bund Art Fair 2019. Sculpture Bliss et œuvres sur papier de Tess Dumon, cyanotypes Cosmorama - Recordings d’Hugo Deverchère.
PHOTO SUSAN TAN

À Shanghai, le contexte était plus que favorable cette année, avec des événements d’envergure qui ont profité aux deux événements, Art 021 et West Bund Art Fair. Citons la première collaboration du Lacma et du Qatars Museum avec le Yuz Museum, le lancement de l’exposition Jean Nouvel à la Power Station of Art ou le nouveau Tank Shanghai. De nombreux vernissages avaient également lieu dans les galeries, notamment dans le bâtiment inauguré par Emmanuel Perrotin il y a tout juste un an, et qui depuis a été rejoint par Lisson et Almine Rech. À deux pas, la galerie Danysz vernissait son solo show du Chinois Hang Rui, alors que l’atypique Ren Space mettait à l’honneur Zhang Peili. L’inauguration du Centre Pompidou provisoire a par ailleurs incité plusieurs officines à participer. Ainsi, la galerie Jeanne Bucher-Jaeger proposait un duo show avec Mark Tobey et Yang Jiechang, artistes présents dans les collections du Centre Pompidou. De même, la galerie In Situ - Fabienne Leclerc exposait sur Art 021 exclusivement des artistes acquis par l’institution française, le MoMA, ou d’autres collections de prestige. «C’est extrêmement important de le préciser, ce sont des références auxquelles les collectionneurs locaux sont sensibles», confiait Antoine Laurent.
Nouveau quartier phare
La West Bund Art Fair a choisi dès sa création en 2013 de s’implanter au cœur du nouveau quartier dédié à l’art contemporain. Elle a, cette année, confirmé sa capacité à accueillir les grandes galeries internationales ainsi que des exposants plus modestes, cela de façon équilibrée. Vingt-huit galeries ont rejoint la foire, sur un total de 109 cette année, issues de dix-huit pays différents. Comme d’habitude, le hall principal était le terrain de chasse de grandes pointures comme Gagosian (avec entre autres de nouvelles peintures de Thomas Houseago et de Joe Bradley), David Zwirner (avec un duo de Josh Smith et Franz West), Pace, Hauser & Wirth (avec un solo show de Maria Lassnig), ou encore Perrotin avec le solo remarqué de l’artiste suédois Jens Fänge, méconnu en Chine : «Un succès en termes de vente et d’intérêt», selon un membre de l’équipe. La galerie Timothy Taylor, présente depuis plusieurs années, a vu ses ventes s’envoler dès le premier jour, avec une œuvre de Frank Auerbach cédée pour 600 000 €, deux pièces d’Armen Eloyan (autour de 90 000€ chacune), une sculpture d’Eddie Martinez (90 000 €) ainsi que cinq autres pièces d’une valeur de 45 000 € chacune. Jouxtant le hall principal, une enfilade de trois espaces lumineux et arboré accueillait les soixante autres galeries. La galerie Templon, pour sa seconde participation, avait choisi de mettre l’accent sur Chiharu Shiota, qui va faire l’objet d’une rétrospective muséale à travers toute l’Asie et dont toutes les œuvres étaient vendues (entre 30 000 et 90 000€), et Jitish Kallat (45 000/90 000 €), dont le travail était au cœur du pavillon indien à la Biennale de Venise cette année. «West Bund est un formidable rendez-vous pour revoir nos collectionneurs chinois, mais aussi de Taiwan, Singapour ou la Corée», déclarait Daniel Templon. Chez Matthew Liu Fine Arts, pilier shanghaien et habitué des foires locales, quelques pièces ont été vendues le premier jour, dont un Eduardo Arranz-Bravo à 50 000 €. «Les collectionneurs et institutionnels internationaux sont au rendez-vous, même si les ventes sont plutôt modérées», constatait You Yang, directrice artistique. Des ventes globalement pondérées, avec cependant des exceptions, comme la galerie Bank, dont l’ensemble du solo show de la jeune artiste Sun Yitian a été vendu avant même l’ouverture de la foire. Certains tentaient l’aventure pour la première fois, comme la londonienne Stephen Friedman, avec une ouverture de salon réussie, plusieurs œuvres de David Shrigley et Jonathan Baldock étant cédées, ainsi qu’une peinture de Luiz Zerbini pour 90 000 €. Pierre Dumonteil, également primo-exposant, proposait notamment des pièces de la jeune Française Tess Dumon (une sculpture monumentale vendue à 40 000 €) et des cyanotypes de Hugo Deverchère (4 500 €). Selon lui, «cette foire est d’une qualité exemplaire, l’organisation est irréprochable, les exposants proposent des œuvres de choix et le public professionnel est au rendez-vous». Participant elle aussi pour la première fois, en montrant Liu Bolin et Felipe Pantone, Magda Danysz renchérissait : «Nos collectionneurs nous ont demandé plusieurs semaines en amont ce que la galerie présenterait, ce qui n’arrivait pas vraiment avant…» Un sentiment confirmé par Olivier Hervet, directeur de la galerie HdM, présente à la fois sur West Bund (avec un solo de Zhu Rixin) et Art 021 (avec des pièces de Hu Weiyi, Claude Viallat ou encore Lu Chao) : «Il y a de plus en plus de compétition, les collectionneurs achètent de façon plus réfléchie.» Plusieurs exposants ont ainsi joué la carte du doublé, en pariant sur la diversité des publics que draine d’une part West Bund Art Fair, plus internationale et où les prix sont plus élevés, et d’autre part Art 021, où les fourchettes de prix sont plus larges et les collectionneurs plus jeunes.
Art 021, la foire asiatique et branchée
Au centre de la ville, dans le mythique Shanghai Exhibition Center, la foire du trio local formé par Bao Yifeng, Kylie Ying et David Chau battait son plein. Regroupant 111 galeries, s’ouvrant encore un peu plus à la scène internationale, tout en préservant son identité asiatique, elle a accueilli vingt-deux nouveaux exposants, tels que la galerie Nathalie Obadia (avec des pièces de Rina Banerjee, Fabrice Hyber ou Wang Keping oscillant entre 9 000 et 800 000 €), In Situ Fabienne Leclerc (Damien Deroubaix, Martin Dammann), ainsi que des enseignes de design du calibre de Carpenters Workshop. Exception faite des grands marchands internationaux, la plupart des exposants ont choisi de mettre en avant des artistes émergents, pour «correspondre le mieux possible au public d’Art 021, jeune et branché», selon un membre de l’équipe de White Cube, les organisateurs attirant un réseau issu du monde du luxe et de la mode. La galerie a ainsi présenté un solo d’Eddie Peake, avec succès, sur son stand vendu aux deux tiers (environ 40 000 € l’unité). Kamel Mennour venait pour la deuxième fois, avec un espace plus grand, et y mettait en avant Camille Henrot. «Les ventes ont été globalement meilleures que l’année dernière, avec un intérêt marqué pour nos artistes. Nous avons rencontré des collectionneurs de Chine, de Taiwan, du Japon, de la Corée, d’Indonésie.» Une audience majoritairement asiatique, et des acquisitions en grande majorité chinoises. «Beaucoup de Coréens sont passés sur la foire, mais 100 % de nos clients sont de Chine continentale», confirmait Sophie Duhamel, directrice de la galerie Danysz. 

Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne