Séjours bretons pour Marcoussis

Le 13 septembre 2018, par Anne Foster

Kérity, situé sur la côte rectiligne de la commune de Penmarc’h, n’avait rien d’un lieu attirant. Une lande désolée battue par les vents et quelques maisons de pêcheurs, où Louis Marcoussis, délaissant le cubisme, expérimente une «structure architectonique surréaliste».

Louis Marcoussis (1883-1941), Paysage de Kérity, 1927, huile sur toile, 50 x 61 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €

Un lourd nuage surgit derrière des dunes, ponctuées par un austère et unique bâtiment. La mer étale forme de vagues remous ; devant un haut quai, un sombre voilier trace un léger sillage et un brise-lames protège l’anse de Kérity. Les teintes sourdes, l’atmosphère silencieuse et quelque peu mystérieuse , évoquent un paysage métaphysique à la De Chirico. Ce dernier était vénéré entre les deux guerres par les surréalistes : Le Cerveau de l’enfant (1914), tableau exposé dans la vitrine de la galerie Paul Guillaume, a incité les artistes à explorer des mondes inconnus. Le Polonais Louis Marcoussis, ami d’Apollinaire, proche de Picasso et de Braque, engagé lui-même dans l’aventure cubiste, n’a pas dû être insensible à cette peinture étrange. Loin du Bateau-Lavoir et des querelles parisiennes, il a pu être incité à venir dans le Finistère par les descriptions nostalgiques de Max Jacob, attaché à la beauté magique de sa terre natale. Dans ces années 1920, plusieurs artistes viennent chercher une autre source d’inspiration, plus fantastique, à l’écoute des mystères insondables de l’âme et de la nature. Marcoussis «structure l’espace selon les principes de la perspective linéaire en soulignant les diagonales des routes, des digues ou des voies ferrées, et en réduisant les éléments architecturaux à des volumes géométriques», écrit Joanna Kordjak dans le catalogue de l’exposition «Peintres polonais en Bretagne», de 2004, au musée départemental breton de Quimper. À l’occasion de plusieurs séjours jusqu’en 1931, avec son épouse l’artiste polonaise Alice Halicka, il découvre à Kérity une Bretagne presque inchangée depuis la description d’Alexandre Nicolaï, en 1893 : «Du bourg de Penmarc’h à Querity [Kérity] d’un côté, à Saint-Guénolé de l’autre, et partout à plusieurs lieues à la ronde, tout évoque lamentablement la dévastation. […] Quelques fermes fortifiées du XVe siècle et du XVIe siècle, rares documents archéologiques, ont résisté à la faveur de leurs épaisseurs de pierres auxquelles des meurtrières […] conservent tout de cet aspect méfiant et sournois qui fit sans doute leur salut.» En écho, Alice Halicka évoque dans Hier (Souvenirs), ouvrage paru en 1946 (éditions du Pavois, Paris), l’un de leurs séjours ainsi : «Sur cette lande battue par tous les vents, la tempête soufflait presque continuellement et la sirène de brume hurlait jour et nuit.» Marcoussis se concentre sur la recherche d’une nouvelle évolution, ébauchée dans la série des «Grands Coquillages» (1927) et dans l’ensemble des toiles peintes à Kérity. Peu après, il se consacrera de plus en plus à la gravure, jusqu’à son décès en 1941 à Cusset, près de Vichy.

vendredi 21 septembre 2018 - 14:00
Salle 1 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Lynda Trouvé
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