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Schiaparelli aux arts déco

Publié le , par Philippe Dufour

Le musée des Arts décoratifs dénoue les liens tissés entre la créatrice d’origine italienne et les artistes de son temps, avec une nouvelle exposition explorant les sources d’une inspiration très iconoclaste. 

Elsa Schiaparelli (1890-1973), cape Phoebus, hiver 1937-1938, laine, soie et broderie... Schiaparelli aux arts déco
Elsa Schiaparelli (1890-1973), cape Phoebus, hiver 1937-1938, laine, soie et broderie (détail), musée des Arts décoratifs.
© Les Arts Décoratifs / Valérie Belin

Quand l’esprit vient au vêtement… Parmi les rares couturiers qui ont su établir des passerelles entre la mode et les avant-gardes, Elsa Schiaparelli occupe sans nul doute la première place. Pour elle, l’inspiration viendra du surréalisme, si proche de sa personnalité fantasque, et où elle puisera ce supplément d’âme animant la moindre de ses créations. Résultat : un scandale permanent (et espiègle), tout entier contenu dans le titre de l’exposition «Shocking !», emprunté à son parfum mythique. Il est vrai que cette fille de la grande bourgeoisie romaine, devenue parisienne en 1922, s’est elle-même affirmée comme une véritable artiste. Dès le début du parcours, éclate son génie inventif : en janvier 1927, un sweater révolutionnaire doté d’un nœud cravate en trompe l’œil la rend célèbre des deux côtés de l’Atlantique. Du jamais vu alors, comme l’imprimé « coupures de papier journal », signature visuelle de la collection inaugurale de 1935. Son audace provocatrice devait vite trouver un écho du côté de ses fréquentations surréalistes. Le premier à éveiller son intérêt pour cet univers onirique sera Man Ray ; il l’immortalise, sculpturale, sur la pellicule puis met en scène plusieurs de ses créations pour Harper’s Bazaar durant la période 1936-1939. Surtout, les 272 costumes et accessoires de Schiaparelli présentés ici rappellent le nombre impressionnant de collaborations avec d’autres ténors du mouvement iconoclaste. À l’image de Jean Cocteau, qui lui fournit un dessin de profils imbriqués pour le dos d’un manteau très architecturé de l’automne 1937.
Métamorphoses et éros dalinien
La grande figure inspirante demeure cependant Salvador Dalí, auquel Elsa Schiaparelli fait appel à partir de 1936 pour élaborer ses pièces les plus iconiques. Occupant toute une salle, des modèles reprennent les silhouettes explicitement érotiques du maître catalan, tels le manteau à tiroirs, la robe à déchirures et encore celle d’un blanc virginal agrémentée d’un homard rouge dans l’entrejambe, que n’hésitera pas à porter une certaine Wallis Simpson. Autre accessoire imaginé par Dalí, le fameux « chapeau soulier » se pose sur la tête de quelques clientes audacieuses, l’assortissant à leur tailleur aux « poche-lèvres ». À partir de 1938, des vestes du soir, somptueusement brodées par Lesage, témoignent de cette intarissable inspiration surréaliste qui illumine la cape du soir Phoebus et son Roi-Soleil sur fond rose vif. Ce vent de folie va souffler également sur sa gamme de parfums disposés, comme des oiseaux rares, dans une cage géante conçue par Jean-Michel Frank pour sa boutique de la place Vendôme. Le plus célèbre demeure donc Shocking ! au flacon en forme de buste féminin, sorti en avril 1937 ; signé par Leonor Fini, il s’inspire des formes voluptueuses de Mae West. Un esprit baroque que la maison Schiaparelli d’aujourd’hui a voulu réveiller en faisant appel au styliste américain Daniel Roseberry, dont les modèles ponctuent toute l’exposition… Au risque de brouiller quelque peu le discours d’une femme avant-gardiste, qui avait su créer bien plus que des objets de mode. « Schiap » s’en expliquait sans fard dans Shocking Life, son autobiographie parue en 1954 : « Travailler avec des artistes tels que Bébé Bérard, Jean Cocteau, Salvador Dalí […], avec des photographes comme Hoyningen-Huene, Horst, Cecil Beaton et Man Ray avait quelque chose d’exaltant. On se sentait aidé, encouragé, au-delà de la réalité matérielle et ennuyeuse, qu’est la fabrication d’une robe à vendre. »

«Shocking ! Les mondes surréalistes d’Elsa Schiaparelli»,
musée des Arts décoratifs,107, rue de Rivoli, Paris I
er, tél. 01 44 55 57 50.
Jusqu’au 22 janvier 2023.
madparis.fr
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