Sarah Moon, Passé Présent au musée d’Art moderne de Paris

Le 06 octobre 2020, par Harry Kampianne
Sarah Moon (née en 1941), Anatomie, 1997.
© Sarah Moon

Crise sanitaire oblige, l’exposition Sarah Moon, qui devait se tenir au printemps, vient d’ouvrir au public. Une véritable découverte pour celles et ceux qui, derrière cette photographe autrefois mannequin, ne voyaient que les déliquescentes brumes de ses portraits de Loulou pour Cacharel. Ce coup de rétroviseur sur l’ensemble de sa carrière va bien au-delà de sa réputation de photographe de mode. Le visiteur entre dans un univers de mystères, de mirages et d’obscurité où se faufilent des références littéraires et cinématographiques. D’où la singularité de son travail, entre reflets et transparences, le plus souvent à travers des clairs-obscurs sombres et inquiétants. Son imaginaire est un kaléidoscope de moments suspendus qu’elle cristallise souvent en une succession de Polaroid, où le grain et l’opacité font loi : le contraire de la lumière crue. La pluie, la fumée, le brouillard, la buée, les nuages et les ombres sont ses agents filtrants. Son œil désobéit à la réalité pour mieux s’en approcher. Aucune chronologie ne vient guider le parcours de cette exposition. « Je n’ai pas de repères ; mes jalons sont des avants et des après », évoque-t-elle. Son souhait, selon la commissaire Fanny Schulmann, était « de mélanger les dates, les sujets, de chevaucher les époques de façon à montrer leur perméabilité ». La visite est agencée autour de ses films, adaptations de contes populaires – Circus (2002), Le Fil rouge (2005), Le Chaperon noir (2010), L’Effraie (2004), Où va le blanc ? (2013) –, devenant des phares narratifs montés comme des escales où se glissent des images nimbées de rêves et de mystères. La dernière salle est consacrée à Robert Delpire (1924-2017), éditeur et fondateur du Centre national de la photographie, mais aussi l’amour de sa vie, intime et professionnelle.

Musée d’Art moderne de Paris,
11, avenue du Président-Wilson, Paris 
XVIe, tél. : 01 53 67 40 00.
Jusqu’au 10 janvier 2021.
www.mam.paris.fr
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