Sanyu, des fleurs pour paysages

Le 01 décembre 2017, par Anne Foster

Contrairement à ses confrères Zao Wou-ki et Chu Teh-chun, Sanyu, arrivé à Paris au début des années 1920, ne fut pas attiré par l’abstraction. Enfin reconnu, il personnifie la symbiose entre l’art moderne occidental et la calligraphie chinoise.

Sanyu (1901-1966), Pot de fleurs, huile sur toile, 92 x 73 cm.
Estimation : 3/4 M€

Ce n’est certainement pas un hasard si, dès 1929, Henri-Pierre Roché, écrivain doublé d’un marchand d’art, fut l’un des premiers à s’intéresser à la peinture d’un Chinois, arrivé huit ans plus tôt. Il saisit tout de suite le rythme dépouillé telle une belle phrase, qui se suffit à elle-même, et la vision synthétique que Sanyu cherchait à rendre dans ses toiles. Il peint alors des natures mortes et des pots de fleurs ; avec deux ou trois tiges, quelques feuilles enchâssant des fleurs, il compose un paysage qui, dans ses grandes lignes, n’aurait pas été désavoué par un peintre traditionnel chinois. Lui seul réussit à leur donner une monumentalité poétique, inconnue de la peinture moderne occidentale. On peut toutefois rapprocher certaines œuvres de celles de Matisse. Sanyu a reçu parfois le surnom de «Matisse chinois»… Un autre versant de sa peinture, dans ces années d’avant la Seconde Guerre mondiale, comprend des nus monumentaux, imposants comme des Maillol. Ces deux facettes lui donnent l’élan pour réaliser des sortes de paysages où paissent et gambadent des chevaux, où des poissons semblent perdus dans l’immensité colorée, le rendant plus proche de l’abstraction qu’il ait jamais été. Sur cette toile, représentant un pot de fleurs, il utilise très peu de couleurs : sur un fond noir profond comme un objet laqué, se détachent un entablement d’un rose délicat, posé sur un socle en bois ocre doré, un pot de porcelaine émaillée blanc avec, dans une réserve ton sur ton, une allusion de bleu, les tiges blanches parsemées de noir, les feuilles aux nervures blanches, les inflorescences dans une gamme allant d’un rose pâle à un carmin. On peut rapprocher cette œuvre de celle visible sur un cliché en noir et blanc pris lors de l’exposition aux Pays-Bas dans les années 1940, organisée par Johan Franco (1908-1988), compositeur hollandais, qui essaie de vendre les œuvres de son ami à sa famille et à de riches amateurs. Sa collection fut la première dispersée à Taipei en 1995  une vente après le décès du peintre avait eu lieu à Drouot. Issu d’une famille aisée d’industriels de la soie, Sanyu vivait de subsides envoyés par son frère dont la mort, en 1931, le fait passer de bohème à Montparnasse à un artiste impécunieux. Henri-Pierre Roché, ami et mécène, devient son marchand, enfin le terme plus approprié serait courtier. Il rencontre également le photographe américain Robert Frank, dont la collection sera dispersée en 1995, à Taiwan. Un premier pas vers la reconnaissance du monde de l’art envers cet artiste injustement oublié. En 2001, le Musée national d’histoire, à Taiwan, lui offrit enfin une exposition, devenue sa première rétrospective.

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