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Sam Singer : grand angle sur les arts d’Océanie, d’Indonésie et de l’Himalaya

Publié le , par Vincent Noce

Sam Singer est cette année le président d’honneur de Parcours des Mondes. Avec sa femme Sharon il est un collectionneur majeur d’art océanien, d’Indonésie et de l’Himalaya.

Sam Singer et son épouse Sharon dans leur maison de San Francisco, devant un rare... Sam Singer : grand angle sur les arts d’Océanie, d’Indonésie et de l’Himalaya
Sam Singer et son épouse Sharon dans leur maison de San Francisco, devant un rare bouclier Faiwolmin (Papouasie - Nouvelle-Guinée).

Ancien journaliste, et consultant de campagne de plusieurs candidats démocrates, Sam Singer dirige l’une des plus importantes sociétés de relations publiques aux États-Unis, qui compte parmi ses clients Chevron, Disney, Warner, Levi Strauss, Airbnb, Ford ou Visa. L’art tribal, qu’il collectionne avec passion en compagnie de son épouse, est totalement intégré à son cadre de vie.
Pourquoi avoir accepté cette mission d’ambassadeur de Parcours des mondes ?
Cette manifestation est pour nous la plus importante parmi celles consacrées à l’art tribal. Nous sommes d’autant plus heureux de la retrouver que nous l’avons manquée l’année dernière à cause de l'interruption des voyages  par la crise du Covid. Pour les collectionneurs enthousiastes comme nous, les étapes obligées chaque année sont la foire de San Francisco en février, New York en mai, la Brafa et Parcours des mondes. Réussir à en faire le tour, c’est le grand chelem ! Parcours des mondes a toujours réussi, même à ses débuts, à rassembler les œuvres les plus irrésistibles des marchands les plus importants, venus d’Amérique, de Grande-Bretagne, d’Europe ou d’Australie. Le salon est rejoint par les événements organisés par les maisons de ventes aux enchères et les musées. Nous y avons toujours vécu des retrouvailles chaleureuses avec des amateurs et professionnels dans une atmosphère très familiale. Et, incidemment, je suis un fan de la Gazette Drouot !
L’offre parvient-elle à suivre la demande, avec la multiplication des foires ?
Les marchands se débrouillent toujours pour montrer leurs plus belles pièces. Nous avons été fidèles à Parcours des mondes depuis sa deuxième édition. En vingt ans, nous avons dépensé pas mal d’argent en francs ou en euros à chacun de nos passages à Paris, pour des grandes pièces aussi bien que des petits bijoux, comme des masques de l’Himalaya ou de Nouvelle-Guinée ou des objets ethnographiques, chez Michael Hamson, Frederic Rond, Jean-Édouard Carlier, Renaud Vanuxem et j’en passe…

 

Comment est né votre désir de collectionner ?
J’ai grandi à Berkeley, où mes parents étaient professeurs, et j’ai été imprégné par la culture des années 1960. Ils rapportaient des objets de leurs voyages quand ils faisaient des conférences. L’université accueillait des étudiants et des professeurs du monde entier et certains élèves de ma mère, qui enseignait la psychologie, collectionnaient de l’art d’Afrique ou de Nouvelle-Guinée. Mon épouse Sharon a grandi de l’autre côté de la baie de San Francisco. Elle a passé un an en Amérique latine avec son père, qui enseignait à Stanford. Nous avions tous deux fait partie des Peace Corps, du temps de Kennedy, et nous étions fascinés par les récits de voyage de nos amis, revenus de ces contrées lointaines qui nous paraissaient magiques. Nous nous sommes mariés il y a vingt-cinq ans et il se trouve que chacun de nous avait un intérêt pour la tapisserie orientale, qui s’est mué en une passion commune pour les arts tribaux.
Comment avez-vous vécu ces dernières années ?
C’est une telle joie que de pouvoir voyager de nouveau en Angleterre, en Belgique, en France… Cela faisait tellement partie de notre vie que de rester enfermés à cause de la pandémie a été une épreuve pour nous. Nous en avons profité pour lire des ouvrages de référence, des catalogues, discuter avec des amis de la valeur de l’art. C’est ce qui est fascinant avec ce domaine : plus vous lui consacrez de temps, plus il est captivant. Ce n’est pas seulement l’acquisition de nouvelles pièces qui est passionnante, c’est toute l’étude qui l’accompagne, les rencontres avec les scientifiques, les marchands, les conservateurs, qu’elle peut susciter.
 

Des œuvres du Tibet et des masques du Népal – tous acquis au Parcours des mondes – de la collection d'art himalayen des Singer.
Des œuvres du Tibet et des masques du Népal – tous acquis au Parcours des mondes – de la collection d'art himalayen des Singer.


Pour vous, l’art n’est pas un investissement qu’on protège en l’enfermant dans un coffre. Votre maison de San Francisco est envahie par votre collection.
Oui, les œuvres ont investi les salons, mais aussi les chambres, les salles de bains, la cuisine… c’est une telle joie que de les avoir avec nous.
Avec des choix assez marqués…
Les œuvres africaines nous sont chères aussi, mais nous avons développé un goût particulier pour les arts d’Océanie, d’Indonésie et de l’Himalaya.
Ils ont ceci de commun qu’ils peuvent souvent susciter l’effroi… Leur trouvez-vous des caractéristiques en partage ?
C’est vrai, il peut y avoir quelque chose d’effrayant dans toutes ces pièces. Mais il s’en dégage aussi une puissance et une élégance, et même une forme d’universalité, car ils sont l’expression des sentiments humains.

C'est formidable d’avoir une provenance, mais l’essentiel est de faire confiance à son œil et son expérience.

Vous exposez ces pièces en tant que telles, sans les mêler à d’autres formes artistiques occidentales.
C’est vrai, nous n’avons que très peu d’art moderne et contemporain.
Et vous avez des vitrines, semblables à celles qu’on trouve dans des musées plutôt que dans des collections privées, rassemblant des dizaines d’objets analogues d’une même culture.
Nous aimons rapprocher quarante ou cinquante objets similaires de Nouvelle-Guinée, un peu comme dans un cabinet de curiosités. Quand vous les regardez bien, chacun diffère de son voisin et chacun exprime la conception singulière de l’artiste.
Votre passion vous a-t-elle conduit à découvrir ces pays ?
Nous ne sommes jamais allés en Nouvelle-Guinée, mais nous sommes rendus au Tibet, en Nouvelle-Zélande, voir les musées de Canberra et de Melbourne pour participer à un séminaire juste avant la crise du Covid. À chaque fois, nous avons fait des rencontres merveilleuses…

 

La maison des Singer, entièrement décorée par les œuvres de Papouasie - Nouvelle-Guinée, de l'Himalaya et d'Indonésie.
La maison des Singer, entièrement décorée par les œuvres de Papouasie - Nouvelle-Guinée, de l'Himalaya et d'Indonésie.

Le marché a bien évolué depuis que vous avez commencé votre collection. Est-il hors de portée ?
Les cotes se sont envolées ces vingt-cinq dernières années, surtout pour les pièces majeures. Le segment moyen du marché est quand même resté accessible. Il peut devenir difficile d’acquérir des œuvres à des prix aussi élevés, mais chaque année nous avons quand même réussi à trouver des nouveautés de grande qualité, quelquefois, à des prix vraiment intéressants.
La recherche de provenance est devenue un facteur primordial, ne serait-ce que pour éviter les faux…
C’est formidable d’avoir une provenance, mais l’essentiel est de faire confiance à son œil et son expérience. Si l’œuvre est belle, elle parle pour elle-même. Quelquefois on trouve des chercheurs de provenance, mais c’est encore rarement le cas.
Comment réagissez-vous à la montée des revendications des pays d’origine ?
J’avoue être très sceptique envers le retour des œuvres dans leur pays d’origine. Parfois, ce peut être la bonne décision, d’autres fois, cela peut s’avérer un choix regrettable. C’est une option qui doit être discutée au cas par cas, et j’espère que le marché ne va pas se retrouver sous la pression de restitutions forcées. Il ne faudrait pas oublier que c’est aussi grâce à des gens comme Breton et Picasso, mais aussi au marché, que ces arts sont reconnus désormais dans le monde entier. J’ai tendance à penser que l’art est fait pour être partagé – regardez l’exemple donné par la musique de jazz. Nous n’en sommes pas les propriétaires, nous en sommes les gardiens et avons à les transmettre aux générations futures. La propriété n’est pas le facteur essentiel. L’art peut être prêté ou donné à des musées, l'important est de le partager.
Ce pourrait être le devenir de votre collection ?
Nous n'avons pas encore de plan. Nous verrons en temps voulu avec nos quatre fils ce qu’ils souhaiteront faire.

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