Ruhlmann sous toutes ses facettes

Le 27 octobre 2017, par Caroline Legrand

Des meubles élégants et luxueux qui plaisent à tous… Émile-Jacques Ruhlmann est un exemple de réussite de l’art déco. Gros plan sur l’un de ses modèles emblématiques.

Émile-Jacques Ruhlmann (1879-1933), ensemble de quatre fauteuils modèle «Fuseau-facettes», en placage d’ébène de Macassar et ivoire, 85 x 58 x 64 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €

Choisir Ruhlmann, c’est choisir le luxe et le goût d’une époque. En témoignent quatre fauteuils du modèle «Fuseau-facettes» proposés ici. Avec leur délicat et précieux placage confectionné dans l’exotique ébène de Macassar, magnifiquement rehaussé par la couleur blanche des discrets patins et petites boules, au sommet des pieds en ivoire, ils illustrent la richesse du travail de ce décorateur. Confortables, enveloppants, ces sièges à dossier gondole s’allègent enfin par la gracilité des pieds, fuselés à l’avant et galbés à l’arrière, mais aussi par leur ceinture à trois pans. Référencé sous le numéro  152, ce modèle est bien connu des amateurs d’art déco, qui l’apprécient particulièrement ainsi que le prouve l’adjudication à hauteur de 139 000 €, le 30 mars 2011, lors de la dispersion du mobilier du château de Gourdon chez Christie’s Paris, pour une paire de fauteuils identiques. Un siège qui s’inscrit dans une série de créations des années 1920-1922, tout comme sa célèbre desserte dite «Meuble au char», conçue pour sa salle à manger, ou encore son «Vide-Poche fuseaux». Si Ruhlmann ne confectionne pas lui-même ses meubles il n’a d’ailleurs jamais reçu de formation en ébénisterie , il en conçoit l’ensemble du décor, imagine les formes et choisit les matériaux, ainsi que ceux des luminaires et des tapisseries, dans les innombrables croquis de son carnet. On sait qu’il dessinait déjà adolescent, alors que son père, François, un artisan protestant d’origine alsacienne, le voyait déjà lui succéder à la tête de son entreprise parisienne de peinture, papier peint et miroiterie située 6, rue du Marché-Saint-Honoré. À sa mort, en 1907, il laisse la direction de la Société Ruhlmann à son fils âgé de 28 ans. Mais rapidement, l’esprit créatif du jeune homme cherche à s’exprimer. Devenu ami, au cours de son service militaire, avec le décorateur Pierre Patout, il commence à dessiner des meubles puis des ensembles entiers, qu’il commercialise dans sa boutique du 27, rue de Lisbonne, à partir de 1912. Il les fait fabriquer dans un premier temps chez les artisans du faubourg Saint-Antoine, puis dans un atelier qu’il crée au 14, rue d’Ouessant. Il expose pour la première fois, l’année suivante, au Salon d’automne. L’ascension de Ruhlmann marquera une pause durant la guerre. Elle reprendra son cours en 1919, grâce à l’association avec Pierre Laurent et la consécration de son style épuré et luxueux, au Salon d’automne, mais aussi à l’exposition des Arts décoratifs de 1925, où il installe son célèbre Hôtel du collectionneur. À la tête d’une immense production, Ruhlmann compte désormais parmi ses clients le maharadjah d’Indore, les couturiers Rodier et Doucet, ou encore l’écrivain Colette et les banquiers Rothschild. Celui que tout le monde appelle le «Riesener du XXe siècle» a été fortement influencé par les styles Louis XVI ou Directoire, grâce notamment à la célèbre vente de la collection Jacques Doucet en 1912, mais le cubisme a également imprimé sa marque dans la silhouette géométrique de ses meubles. Finalement, il a réussi à créer un style nouveau à partir du mobilier ancien, le seul à être accepté jusque-là dans les grandes et vieilles maisons. Une entreprise aussi bien artistique qu’économique, parfaitement réussie !

jeudi 09 novembre 2017 - 14:30, 18:30 - Live
Lyon - 8, rue de Castries - 69002
Conan Hôtel d’Ainay - Cécile Conan Fillatre Commissaire-Priseur Judiciaire