Rubens illustrateur scientifique

Le 18 mars 2021, par Philippe Dufour

Tirée de la fabuleuse collection du marquis de Lagoy, cette feuille préparatoire révèle une facette méconnue de Rubens : le dessinateur de vignettes. Un véritable condensé de sa virtuosité habituelle.

Pierre Paul Rubens (1577-1640), projet de vignette pour l’Opticorum libri sex de Franciscus Aguilon, vers 1613, plume et encre brune, lavis d’encre brune et rehauts de gouache blanche, passé au stylet, 9,5 14,3 cm.
Estimation : 200 000/300 000 €

La scène, animée d’une grande fantaisie, peut paraître hermétique : assisté par une équipe de putti, un homme barbu prend la pose d’Atlas, mais sur son dos, le globe terrestre a été remplacé par une sphère armillaire. Voletant, un putto brandit une torche dont la lueur projette au sol l’ombre de l’instrument, afin qu’un deuxième petit amour la mesure à l’aide d’un compas, et en instruise un troisième… Tout s’éclaire quand on découvre que la composition est un projet de vignette destinée à un livre scientifique, l’Opticorum libri sex de Franciscus Aguilonius (1566-1617). Quant à l’auteur de cette saynète enjouée, il n’est autre que Pierre Paul Rubens. Ce projet très abouti voit le jour lorsque le maître flamand répond à la commande de la presse Plantin, dirigée par les fameux imprimeurs anversois du même nom, et qui publie en 1613 l’ouvrage du père Aguilonius. Ce dernier – de son vrai nom François d’Aguilon –, entré dans l’ordre des Jésuites en 1582, s’avère un vrai génie, à la fois physicien, théologien, architecte et mathématicien. Il a surtout exercé une grande influence sur la physique du temps, et s’est rendu célèbre par ses recherches dans le domaine de l’optique. De fait, l’Opticorum libri sex s’affirme comme le résumé de ses connaissances en la matière, posant, entre autres – et pour la première fois – la notion de projection stéréographique. Le volume imposant de 684 pages ne sera pourtant que le premier tome de cette somme colossale, le seul, dans tous les cas, à être publié de son vivant. Ses éditeurs ont donc choisi Pierre Paul Rubens, pour réaliser le frontispice et six vignettes en titres des différentes parties. Les illustrations en bandeau montrent un savant se livrant à différentes expériences, secondé par des putti. Rubens s’inspire là d’Otto Venius, son maître, auteur en 1608 d’un Amorum emblemata , déjà animé par de petits amours… Toutes ces compositions ont été gravées par Théodore Galle (1571-1633), mais ce dernier inversera notre scène dans la gravure définitive. Une pièce d’autant plus précieuse, qu’on ne connaît que trois autres exemples de la série préparatoire : le projet du frontispice conservé au British Museum et deux dessins de vignettes à la National Gallery de Washington. À ce titre, la feuille sera incluse dans le volume II de l’ouvrage en préparation, Rubens Drawings (1609-1621), par Ann-Mary Logan et Kristin Lohse Belkin, qui en ont par ailleurs confirmé l’authenticité.

vendredi 26 mars 2021 - 03:00 - Live
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