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Rodman Primack, sous le soleil du design de collection

Le 09 juin 2017, par Mikael Zikos

Esthète et expert, il a contribué à développer ce secteur de niche. Et pris les rênes de Design Miami, référence pour le mobilier et les objets d’art des XXe et XXIe siècles. Rencontre avant la 12e édition de la plus américaine des foires bâloises.

Rodman Primack, sous le soleil du design de collection
PHOTO : ANDREW MEREDITH

Vous avez un parcours éclectique. D’où vient votre passion pour le design ?
Je m’y intéresse depuis l’âge de 12 ans.
J’ai grandi dans une famille qui aimait les beaux meubles et les beaux textiles, et je dévorais les magazines spécialisés. J’ai ensuite effectué des stages dans des galeries et des maisons de ventes avant d’obtenir mon premier emploi chez l’architecte d’intérieur Peter Marino. Aujourd’hui, je dirais que je vis plus avec le design que je ne le collectionne. J’ai des pièces de Vladimir Kagan, Charlotte Perriand, Michele De Lucchi ou encore Charles Ray…

Quel est votre rôle en tant que directeur du département création de Design Miami ?
J’ai dans un premier temps été engagé comme directeur de la foire, en 2016. La structure de l’entreprise a été modifiée, et je dirige désormais les aspects créatifs et communicants : des nouveaux programmes d’expositions au développement des partenariats, jusqu’à la recherche de nouvelles initiatives et talents que j’estime intéressant de montrer dans nos deux éditions annuelles, en juin à Bâle et en décembre à Miami. Je travaille avec une équipe de douze personnes pendant huit à dix jours par mois à Miami et je partage le reste de mon temps entre New York, où je vis, et le reste du monde, car je voyage beaucoup.
Vous avez succédé à Marianne Goebl à la tête de la manifestation…
J’ai récupéré une foire très structurée et en pleine croissance après Marianne Goebl (directrice de Design Miami de 2012 à 2016, ndlr). L’identité de l’événement avait été sérieusement consolidée. Je ne souhaitais pas l’agrandir avec plus d’exposants mais en faire un hub culturel international et ouvert. L’un de mes objectifs était d’apporter plus d’art déco et d’art nouveau. C’est chose faite cette année. Nous avons aussi développé la plate-forme d’exposition Design Curio, qui invite un créateur, une galerie ou un commissaire indépendant à défendre un projet inédit. Je veux désormais que l’accent soit mis sur la durabilité de l’offre présente à Design Miami : influencer les choix des collectionneurs et ne leur offrir que le meilleur pour les années à venir.
Phillips fut l’une des premières maisons de ventes à initier des enchères de design couplées avec de l’art contemporain, et a ainsi lancé les prémices de l’engouement pour le «design de collection». Comment avez-vous vu évoluer ce secteur ?
Le terme «designart », devenu «collectible design» («design de collection» en anglais), a été inventé au début des années 2000 quand l’offre du design très haut de gamme était coincée entre la valeur croissante des maîtres du XXe siècle et la maturité du design sculptural produit en petites séries. L’idée du marché de l’art fut alors de relier ces deux tendances à des ventes d’art moderne
et contemporain. De nouveaux profils de collectionneurs ont émergé et nombreux sont ceux qui se consacrent, aujourd’hui, exclusivement au design.

Le goût des collectionneurs d’art a-t-il changé ?
Ils sont plus confiants, et il y a moins de compétition entre eux sur le mobilier et les objets d’art du XXe siècle. Quand je travaillais en maison de ventes, j’étais très surpris par leurs intérieurs : ils achetaient le meilleur de l’art disponible et leurs maisons étaient moches ! Le plus souvent, ils faisaient appel à des architectes pour créer un univers cohérent autour de leurs biens… Aujourd’hui, les collectionneurs d’art n’hésitent plus à acquérir du
design contemporain.

 

Elias Hansen,  It’s a lot harder than you think (2016). COURTESY OF OV PROJECT
Elias Hansen, It’s a lot harder than you think (2016).
COURTESY OF OV PROJECT

Quel est le degré de perméabilité entre la clientèle d’Art Basel et celle de Design Miami ?
Un tiers des visiteurs d’Art Basel vient explorer Design Miami soit environ 30 000 personnes par édition. De plus en plus d’entre eux font les deux foires. La tendance est au contemporain et de nouveaux collectionneurs plus jeunes ont fait leur apparition. De plus, notre clientèle exprime désormais l’envie d’utiliser véritablement ce qu’elle acquiert, que ce soit un meuble d’architecte créé aujourd’hui ou celui d’un ensemblier phare des années 1920.
Vous disposez d’une résidence au Guatemala, et Mercado Moderno, à Rio de Janeiro, est la première galerie sud-américaine à intégrer la foire cette année. Comptez-vous développer vos activités dans cette partie du continent ?
L’Amérique du Sud tient une grande place dans ma vie personnelle, et j’ai beaucoup appris quand j’étais spécialiste de l’art de cette région pour Christie’s, de 2000 à 2002. C’est une région que je souhaite représenter au mieux à Design Miami, au même titre que l’Afrique et l’Asie. Son histoire va bien au-delà de la période moderniste et du mobilier brésilien de cette époque, qui a récemment retenu l’attention en Occident…
Quels sont vos projets pour les sections Design Curio et Design at Large ?
Cette année, Design Curio présente dix projets aux intersections des univers de l’architecture, de la mode et du spectacle, comme les sculptures d’Oscar Tuazon et Elias Hansen présentées par OV Project, l’œuvre de Robert Goossens (ex-collaborateur d’Yves Saint Laurent, ndlr), dévoilée par la 88 Gallery, et le marchand Oscar Humphries, qui expose des pièces d’un théâtre turinois dessiné par Carlo Mollino. Design at Large donne les clés d’un grand espace à un professionnel dont les activités sont connexes aux secteurs de l’art de vivre et qui est réputé pour son caractère visionnaire. Après les installations de l’hôtelier André Balazs et de l’éditrice Martina Mondadori, le couturier Thom Browne imagine une œuvre d’art totale, avec des pièces de Jean Prouvé et Ron Arad.
Design Miami présente aussi des collaborations entre des marques et des designers. Ont-elles un impact sur la diffusion du design contemporain après le temps de la foire ?
Cela m’a frappé cette année à la Design Week de Milan, où les vainqueurs des précédentes éditions des Swarosvki Designers of the Future Awards, comme Max Lamb, Mischer’Traxler, Bethan Laura Wood et Studio Swine, étaient omniprésents ! Cette récompense axée sur le développement des nouveaux savoir-faire est un des tremplins de Design Miami pour la création actuelle, avec d’autres soutiens, comme celui de la maison Perrier-Jouët, qui commissionne chaque année un nouveau designer pour aménager son espace VIP.
À quoi ressemblera Design Miami  dans le futur ?
L’expérience physique de Design Miami prévaudra toujours. À nous d’être malins et d’utiliser les nouvelles technologies pour créer de nouveaux échanges, humains et commerciaux. Bien sûr, on se pose des questions, mais le temps viendra pour un développement en ligne des activités de notre marque comme c’est actuellement le cas dans le luxe. 

 

José Zanine Caldas, fauteuil à bascule Namoradeira (1970). COURTESY OF MERCADO MODERNO
José Zanine Caldas, fauteuil à bascule Namoradeira (1970).
COURTESY OF MERCADO MODERNO

RODMAN PRIMARCK
EN 5 DATES


1998
Effectue sa formation
chez l’architecte Peter Marino
2002
Dirige la galerie Gagosian à Los Angeles
2004
Crée son agence d’architecture intérieure,
RP Miller
2010
Quitte la direction de Phillips à Londres2016
Accède à la direction
de la foire Design Miami
 

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