Rigaud en majesté au château de Versailles

Le 18 mai 2021, par Sylvie Blin

Le portraitiste du Roi-Soleil et de Louis XV est à voir à Versailles dans toute sa splendeur : mais, au-delà du chatoiement des étoffes, se découvre un artiste plus profond qu’il n’y paraît.

Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Portrait de François Girardon, 1705-1706, huile sur toile, musée des beaux-arts, Dijon.
© Musée des beaux-arts de Dijon / François Jay

Elle a bien failli ne pas voir le jour, vaincue par la pandémie et son lot de confinements : la rétrospective de l’œuvre d’Hyacinthe Rigaud (1659-1743), la toute première exposition monographique consacrée à l’artiste, a enfin pu ouvrir ses portes, après six mois d’attente. Un véritable soulagement, tant pour les organisateurs que pour les amateurs, teinté de frustration : le peintre du Roi-Soleil ne bénéficiera que de trois semaines de lumière, mais trois semaines éblouissantes. Ses commissaires, Laurent Salomé, Élodie Vaysse et Ariane James-Sarazin – autrice du catalogue raisonné de Rigaud –, ont délaissé la présentation purement chronologique pour un parcours thématisé, qui permet de retracer sa longue carrière et de comprendre les particularités de son art, mis en valeur par la spectaculaire – comme toujours – scénographie de Pier Luiggi Pizzi. Plus de 140 peintures, dessins et gravures, répartis en sept grandes sections, racontent l’histoire d’un jeune apprenti de 12 ans, né à Perpignan – si loin de la capitale –, parvenu au sommet de la pyramide des peintres du temps : prix de Rome en 1682, reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1700, mais jamais nommé premier peintre du roi. Débutant avec les autoportraits de l’artiste, comme un hommage à Rembrandt qu’il fut l’un des tout premiers à admirer et à collectionner, l’exposition mène logiquement au célébrissime Portrait de Louis XIV en costume royal, point d’orgue de son œuvre. Dans la première salle, la redécouverte d’un autoportrait en miniature confirme que Rigaud a bien pratiqué ce genre alors en vogue. Le parcours se poursuit avec des salles présentant son milieu familial, et la réunion exceptionnelle des portraits de sa mère Marie Serre avec le buste en marbre qu’en fit Coysevox. Sa formation, les hésitations quant à ses choix de carrière – peintre d’histoire, comme tous les jeunes ambitieux l’espèrent, ou portraitiste, comme l’y engage Charles Le Brun ? — et son atelier, ou passèrent une quarantaine de praticiens, sont ensuite évoqués, avec notamment la présence de ses livres de comptes, énumérant les noms des clients, le coût des tableaux, les dépenses engagées… Ou comment se fabrique le portrait, avec son répertoire de poses, d’habillements, de motifs décoratifs de création ou répétés d’un tableau à l’autre, le visage peint à part puis collé ensuite sur la grande toile quand le modèle ne peut, ou ne veut, poser dans l’atelier. Comment se fabrique aussi la notoriété d’un artiste, avec les copies (les ricordi) dessinées par ses collaborateurs, puis gravées pour être diffusées. Certains tableaux seront réalisés en plusieurs exemplaires, toujours en collaboration avec ses assistants : difficile alors de déceler la main de l’un ou de l’autre. La société de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle défile dans son atelier comme dans l'exposition : des amis peintres et sculpteurs, avec les émouvants portraits de Desjardins, de Mignard ou de Coysevox, des hommes de lettres dont le poète Jean de Santeuil, des courtisans tel le marquis de Dangeau, mais aussi des gens d’Église – Rancé, peint à son insu, Bouillon ou Dubois –, magistrats, financiers, ainsi que naturellement les membres de la famille royale – formidable portrait de la princesse Palatine – et de l’aristocratie européenne. Mention spéciale à l’inénarrable Gaspard de Gueidan, véritable incarnation du bourgeois gentilhomme, portraituré en Céladon joueur de musette : très satisfait du résultat mais préférant tout de même confier à Largillierre, moins cher que Rigaud, le portrait de son épouse.

«Hyacinthe Rigaud ou le portrait soleil»,
château de Versailles (78), tél. 
: 01 30 83 75 05
Jusqu’au 13 juin 2021.
www.chateauversailles.fr
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